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L'économie italienne à genoux

Enregistré le jeudi 18 juin 2020 . 5 min. 16

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C’est vraiment la crise de trop pour l’économie italienne. Le choc porte notamment sur deux fronts stratégiques, l’industrie touristique et l’industrie manufacturière, deux places fortes de l’économie transalpine qui étaient déjà très fragilisées avant la pandémie. L’Italie est en effet le premier pays de la zone euro en matière d’offre hôtelière : avec près de 33 000 établissements, elle devance l’Allemagne, en deuxième position grâce à son tourisme d’affaires, et se situe loin devant la France et l’Espagne. Mais l’avance de l’Italie, avec ses structures de petite taille et parfois obsolètes, se réduit du point de vue du nombre de lits avec les autres grands pays touristiques. Car l’Italie est le royaume des PME.


Le tourisme en perte de vitesse


Malgré son patrimoine culturel exceptionnel et les deux formes de tourisme de loisirs (estival et hivernal), l’Italie perd du terrain depuis des années face à la concurrence. Rapporter les recettes au PIB est révélateur. Le tourisme c’est en effet 20% du PIB d’une économie monospécialisée, comme la Croatie. À l’opposé, le faible poids du tourisme en Allemagne, malgré un grand nombre de lits, est révélateur d’une économie très diversifiée. Quant à l’Italie, seulement en 9e position, le poids du tourisme y est médiocre au regard de son potentiel. Faiblesse que partage aussi la France. C’est un signe qui ne trompe pas, la capacité hôtelière de l’Italie a stagné ces dernières années alors que celle des pays concurrents augmente, et parfois de façon spectaculaire comme au Portugal ou à un degré moindre en Croatie. C’est donc sur une filière en perte de vitesse que la crise du Covid-19 s’est abattue et son impact est d’autant plus dévastateur qu’il touche un grand nombre de petites structures familiales qui n’avaient pas forcément la trésorerie pour tenir.


Au-delà du choc direct pour les professionnels de la filière touristique, les visiteurs étrangers représentent également une manne importante pour les boutiques de produits de luxe d’autant plus qu’avec 5 millions de touristes, l’Italie était la première destination des Chinois, devant la France, l’Allemagne et l’Espagne.


L’industrie attaquée de toutes parts


Autre bastion italien attaqué, l’industrie manufacturière. L’Italie, c’est une place forte de l’industrie européenne, la deuxième derrière l’Allemagne, mais une place forte assiégée depuis des années. Le succès du « made in Italy » s’est longtemps articulé autour de 4 clés de voûte : salaires bas (et travail au noir), monnaie faible, politique industrielle pilotée par l’État, dynamisme des PME, notamment dans les secteurs traditionnels grâce à un savoir-faire exceptionnel dans la filière textile-habillement, la tannerie du cuir, la chaussure, le travail du bois, l’ameublement-décoration, mais aussi la sidérurgie et les industries mécaniques. Or, l’Italie est attaquée sur chacun de ces points depuis longtemps.


1. Bénéficiant d’une réserve de travail à bas coût venu du Mezzogiorno, mais aussi du travail illégal et de l’immigration étrangère, l’industrie au Nord s’est développée grâce à de faibles coûts salariaux. C’était la première source de la compétitivité transalpine, aujourd’hui complètement épuisée. Pire, la productivité est flat depuis plus de 15 ans. L’Italie est incapable de procéder aux investissements nécessaires pour inverser la tendance et s’est faite débordée par l’Allemagne alors qu’elle faisait jeu égal jusqu’au début des années 90.


2. Les dévaluations à répétition de la lire ont longtemps été une arme de compétitivité, l’entrée dans l’euro a mis fin à ce jeu : le cycle inflation-dévaluation pour combiner le pouvoir d’achat et la compétitivité, c’est fini.


3. L’État italien a longtemps été à la manœuvre dans la sidérurgie, la construction navale et le ferroviaire. Des secteurs structurants et des filières d’entraînement qui, sous pression européenne, ont été privatisés, parfois passés sous pavillons étrangers et le plus souvent en perte de vitesse.


4. Enfin, il reste le tissu de PME. Et ce joyau de la production italienne s’est fait en partie balayer par la concurrence des pays à bas coût depuis le début des années 2000 avec notamment la déferlante venue d’Asie, et les délocalisations dans les PECO. D’ailleurs, une large partie de l’industrie de la mode et du luxe sous-traite depuis des années dans les pays de l’Est. En 2005, les PECO représentaient à peine plus de la moitié de valeur ajoutée manufacturière italienne aujourd’hui, c’est plus de 90%. La grande récession de 2008-2009 a joué une première fois le rôle d’accélérateur de tendances anciennes et le tissu manufacturier a subi de véritables saignées : un parc d’entreprises réduit de près de 20% avec des pointes à plus de 30% dans la fabrication de textile et de meubles. Des secteurs qui connaissent aussi des pertes d’emploi impressionnantes.


Dans ce contexte, la crise du Covid-19 sonne le tocsin pour une économie et un appareil de production en perte de vitesse depuis des décennies. Fin 2019, le PIB réel n’avait toujours pas retrouvé son niveau d’avant la crise de 2009. Une médiocre productivité du travail, un délitement du tissu industriel, une dette publique déjà à plus de 135% du PIB en 2019, un secteur bancaire miné par les créances douteuses, l’économie italienne est à genoux.


Les défaillances des entreprises italiennes pourraient augmenter de près de 33% d’ici à 2021. Durement frappée par le Covid-19, l’Italie ne peut pas s’en sortir sans une solidarité européenne massive. Mais il n’est pas sûr que la mutualisation de la dette et le plan de relance européen, même massivement orienté vers les pays du Sud, permettent de redresser cette économie aux fondamentaux si fragilisés.


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