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L'impact du boycott de la France par les pays du Moyen-Orient

Publié le mardi 10 novembre 2020 . 3 min. 50

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Le Président turc Recep Tayyip Erdogan, a prévenu « Je vous le dis en tant que chef de la nation : surtout détournez-vous des marques françaises ! Ne les achetez-pas ! ». Les appels au boycott du « made in France » ne sauraient être plus clairs. Mais au-delà des coups de menton, la réalité de la menace semble un peu légère.


Menaces turques : ce n’est pas la France qui a le plus à perdre


Il y a d’abord ce que les entreprises françaises exportent en Turquie. Selon les douanes françaises, un peu moins de 6 milliards euros de produits en 2019, soit à peine plus de 1% du total des exportations française. En face, les importations turques en France pour environ 9 milliards, ce qui fait de la France le 7e marché à l’export pour les produits turcs avec 4,5% de part de marché. Et l’enjeu pour la Turquie est d’autant plus important, que la France est l’un des rares pays avec lequel elle dégage des excédents commerciaux, des excédents qui ont quadruplé entre 2017 et 2019. Dans un pays structurellement déficitaire où le déficit courant a représenté en moyenne près de 6% du PIB ces 10 dernières années, ce n’est pas la France qui a le plus à perdre.


C’est en outre une vision étriquée : il faudrait a minima intégré le solde touristique entre le deux pays et les investissements directs des grands groupes français en Turquie. Renault est par exemple le deuxième plus gros constructeur automobile du pays, derrière Ford Otosan, mais devant Toyota et Tofas, partenaire local de Fiat. Mieux : la société locale Oyak-Renault est détenue à 49% par le conglomérat Oyak, qui n’est autre que le fonds de pension de l'armée turque !


Moyen-Orient : la France peu exposée économiquement


Mais au-delà de la Turquie, à quoi s’expose la France si les pays arabo-musulmans du Proche et Moyen-Orient venaient dans leur ensemble à rejeter tous les produits français ? Globalement pas beaucoup plus. Avec un peu moins de 15 milliards d’euros de marchandises exportées (hors matériel militaire), le Proche et Moyen-Orient représentent moins de 3% des exportations totales de la France. En y ajoutant la Turquie — qui sur le plan statistique du commerce extérieur n'est pas située dans la zone, mais en Europe orientale, — l’enjeu global porte donc sur un peu moins de 21 milliards d’euros. C’est à peine plus de 4% de l’ensemble des exports françaises.


Et encore, ce total est à relativiser, tous les pays de la région ne sont pas belliqueux. En recentrant l’analyse sur les principaux foyers de tensions, c’est-à-dire là où il y a eu appel officiel au boycott : le Qatar 27e client de la France avec 3,8 milliards d’euros, le Koweït 69e avec 526 millions d’euros et la Jordanie 91e, la menace apparaît très relative. Même en ajoutant l’Iran avec qui les relations diplomatiques sont très tendues, la donne change à peine.


Pressions sectorielles


Une vision trop globale pourrait néanmoins masquer de fortes pressions sectorielles. Le secteur agroalimentaire est notamment le plus ciblé par le boycott. Au total, les exportations françaises dans le secteur agroalimentaire s'élevaient à 48,8 milliards d'euros en 2019. Sur ces 48,8 milliards, seuls 1,4 est à destination de la Turquie du Proche et du Moyen-Orient. Autrement dit, l’ensemble représente moins de 3% du total des exportations agroalimentaires françaises.


Certes, pour certains groupes (Bel, Lactalis ou Danone) ce sont des marchés importants. Mais globalement, l’impact reste mineur. En outre, certaines menaces restent plus symboliques que réelles et ne concerneront certainement pas les secteurs les plus stratégiques comme celui de l’armement. Avec le Qatar par exemple, l’équation est simple : la France s’est muée en un véritable paradis fiscal pour les Qataris, qataris qui achètent en masse du matériel militaires français. Comment imaginer par ailleurs un boycott prolongé de la part d’un pays qui a construit son image à l’international notamment par l’achat du club de foot de la capitale française.


Une fois l’émotion des annonces au boycott passée, le soufflet va vite retomber et l’impact sur l’économie française sera négligeable.


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