Ces trois chiffres en disent long : 62% des communes ne disposaient pas de commerces en 2021, selon l’Insee. Elles n’étaient que 25% dans ce cas en 1980. Et la situation ne s’est certainement pas améliorée depuis. Des petits bourgs, des villages où 38% des habitants ne parlent pas à quelqu’un chaque jour ! Ce constat confirme une tendance lourde. Rideaux baissés, locaux vides, fermetures de magasins et multiplication des défaillances témoignent d’un malaise profond du commerce de détail, en particulier dans les centres-villes, et du déclin des galeries ou centres commerciaux de second rang. Ceci sans compter la multiplication des fermetures volontaires, sans repreneurs derrière. Les difficultés vont perdurer.
Le poids de la conjoncture et du e-commerce
C’est ce qu’il faut comprendre de l’évolution du climat des affaires dans le commerce de détail, qui n’a jamais dépassé sa moyenne de long terme depuis la crise de la Covid. Et, les commerçants ne sont pas particulièrement optimistes quant à l’évolution de leurs ventes dans les trois prochains mois. Les racines des difficultés sont en partie structurelles, la montée du e-commerce en fait partie, mais la conjoncture n’arrange rien. Les commerçants sont pris entre deux feux : hausse des charges d’un côté, stagnation de leurs ventes en volume de l’autre, sans possibilité de compenser l’augmentation des coûts par une hausse des prix, ou pas à proportion : la pression est mise sur les marges. Témoin de cette détérioration de la capacité des commerces à transformer leur valeur ajoutée en bénéfice, le taux de marge a chuté. Replacer cette tendance dans un temps long montre que le mal est chronique depuis le début des années 2000.
Une fragilité financière croissante
Plus inquiétant encore, l’excédent brut d’exploitation (c’est-à-dire ce qui reste du chiffre d’affaires après paiement des factures, du personnel, des impôts et taxes, à l’exception de l’IS) diminue aussi en valeur absolue. Cela n’est pas sans conséquence sur la capacité de ces établissements à investir (donc à préparer l’avenir) mais aussi sur la valorisation des fonds de commerce : d’une part, parce que l’EBE participe à l’élaboration du prix de cession ; d’autre part, parce que, fragilisés, de nombreux commerçants mettent la clé sous la porte. Les fonds perdent instantanément de leur valeur, au moment même où de nombreux locaux se trouvent déjà sur le marché. Selon les données de Codata, qui offrent une image précise de la dynamique des centres-villes des agglomérations de plus de 20 000 habitants, le taux de vacance, tous sites confondus, a quasiment doublé en 20 ans pour s’approcher de 11%, avec une forte accélération après la crise Covid.
Une recomposition du paysage commercial
Si les centres commerciaux sont les plus touchés par cette hausse, les commerces « pieds d’immeubles », c’est-à-dire pour partie les quartiers commerçants des centres-villes, ne sont pas épargnés non plus. Image inversée de la progression du taux de vacance, l’offre commerciale dans les centres-villes se raréfie, avec une redistribution des cartes entre secteurs. Les magasins d’habillement, de chaussures et de maroquinerie disparaissent peu à peu du paysage : Camaïeu liquidé, Kookaï, Go Sport, Kaporal, Sergent Major, André, Minelli, Naf-Naf vivent, ou ont tous vécu, une véritable descente aux enfers. En revanche, un secteur se renforce vraiment : celui des cafés-hôtels-restaurants, et dans une moindre mesure, le segment parfumerie-beauté-soin. Le reste périclite, même l’alimentaire.
Le constat est amer : après s’être vidé de ses usines, la France se vide de ses commerces ; la « décommercialisation » après la désindustrialisation.
Publié le jeudi 24 juillet 2025 .
3 min. 33
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d'Alexandre Mirlicourtois
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