Ne pas avoir de revenu d’activité ne veut pas dire être hors-jeu de l’économie. Retraités, lycéens, étudiants, chômeurs sont aussi des consommateurs sans lesquels nombre de commerces ne tourneraient pas. Oublions les clichés. Les retraités ne sont pas seulement des épargnants prudents, ils consomment aussi… beaucoup pour certains. La preuve : selon une étude du groupe BPCE, les achats par carte des ménages ont progressé de 3,3% en moyenne en 2024. Mais ce sont les générations les plus âgées qui ont alimenté le mouvement.
Le pouvoir d’achat des retraités en pleine ascension
Cette tendance n’est pas nouvelle : la vague monte depuis des années. L’arrivée des générations de retraités (hommes et femmes) disposant de droits complets a entraîné une forte progression du niveau moyen des pensions des nouveaux retraités, qui se sont peu à peu substitués aux plus anciens, moins bien couverts. Bref, le pouvoir d’achat global des retraités a fortement augmenté depuis les années 1970, davantage que celui de l’ensemble de la population. Il y a donc un double effet : « volume », avec l’entrée à la retraite des générations nombreuses de l’après-guerre ; « revenu », avec la hausse de leur pouvoir d’achat. Les plus de 65 ans représentent moins de 16% de la population mais près de 20% de la consommation, sans compter qu’ils participent aussi à la consommation des autres via des dons à leurs enfants ou petits-enfants. L’image d’Épinal de retraités « sous-consommateurs » a vécu.
Les jeunes, acteurs économiques insoupçonnés
Les jeunes en formation comptent aussi. Les 10-18 ans : leurs ressources financières proviennent massivement de l’argent de poche. Les montants reçus augmentent avec l’âge, tout comme le pourcentage d’adolescents bénéficiaires. En croisant ces données, il est possible d’estimer à près de 1,7 milliard d’euros l’ensemble de l’enveloppe de dépenses arbitrables par les collégiens et lycéens. Les sources de revenus des étudiants sont plus variées, même si le financement familial demeure incontournable. La France comptait près de 3 millions d’étudiants en 2024, dont les ressources mensuelles s’élevaient en moyenne à 1 130 euros, soit une enveloppe annuelle de près de 40 milliards d’euros, quasiment intégralement dépensée, avec une part prépondérante de dépenses contraintes comme le logement et les frais de scolarité. Ensemble, collégiens, lycéens et étudiants représentent, selon nos calculs, environ 3,5% de la consommation totale hors loyers imputés (pour les puristes).
Le rôle des chômeurs dans la consommation
Puis viennent s’ajouter les dépenses des chômeurs. Difficiles à appréhender, mais un premier proxy est donné par l’intégralité des indemnités versées par l’Unédic : 36 milliards d’euros en moyenne par an. Tout n’est peut-être pas consommé, mais au chômage, les ménages réduisent leur épargne afin de limiter la baisse de leur consommation : soit ils mettent moins d’argent de côté, soit ils puisent dans leurs réserves. Un mois après la perte d’emploi, la consommation ne diminue que de 2% : la baisse de l’épargne absorbe de fait quasi intégralement la chute du revenu estimée à 31%. En revanche, plus la période de chômage se prolonge, plus les ménages réduisent leur consommation et moins ils peuvent limiter leur épargne.
En agrégeant simplement ces trois catégories : les plus de 65 ans, les collégiens, lycéens et étudiants, et les chômeurs, on est à la tête d’environ un quart de la consommation. Les inactifs ne sont pas à la marge : ils sont indispensables à l’économie du pays.
Publié le lundi 13 octobre 2025 .
3 min. 29
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