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Le taux d'investissement des entreprises s'envole en France

Publié le lundi 3 juin 2019 . 4 min. 41

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Que cache l’investissement des entreprises françaises ? Avant tout, un effort considérable. A plus de 24%, le taux d’investissement des sociétés non-financières est aujourd’hui historiquement élevé et le pic d’avant la grande récession est largement dépassé. Parmi les 7 premières puissances économiques européennes, seules la Suède et l’Espagne font mieux. Surtout, la France dépasse l’Allemagne sans discontinuer depuis 2002.

Bien entendu, l’évolution du taux d’investissement combine deux dynamiques : celle de la formation brute de capital fixe (FBCF), l’agrégat qui mesure l’investissement placé au numérateur, et celle de la valeur ajoutée au dénominateur. Dès lors, l’augmentation de l’effort d’investissement pourrait tenir moins à l’évolution dynamique de la FBCF qu’à une plus faible croissance de la valeur ajoutée. L’analyse comparée entre la France et l’Allemagne montre que cette hypothèse ne tient pas, pas plus que celle liée à un quelconque effet de composition, c’est-à-dire d’un poids plus élevé des secteurs fortement investisseurs dans la valeur ajoutée.

L’importance prise par « l’immatériel »

Bien au contraire, le taux d’investissement français est élevé malgré un effet de composition plutôt défavorable aux activités capitalistiques. La base sectorielle du taux d’investissement ne dit pas autre chose : parmi les 10 principales branches d’activité marchandes (hors agriculture et industrie extractive), la France devance l’Allemagne 6 fois sur 10 et encore, quand les entreprises allemandes sont devant, c’est plutôt de façon marginale, excepté dans les services aux entreprises. Et sur les
10 branches analysées, l’effort d’investissement augmente pour 8 d’entre elles sur moyenne période.

Regardons maintenant de plus près le contenu de l’investissement en zoomant sur ces trois composantes principales
1. l’investissement en matériels, biens d’équipement et de transport notamment,
2. la construction (c’est-à-dire les locaux professionnels),
3. et enfin, l’investissement immatériel (les dépenses de logiciels, de brevet, de R&D).

Cette répartition permet de mettre en valeur le poids encore déterminant de la construction qui représente toujours près de 53% de l’investissement devant la composante immatérielle, près de 25%, et de l’investissement en machines et équipements à un peu moins de 23%. Ce découpage sommaire suffit néanmoins à montrer que lorsque l’on parlait investissement il y a 30 ou 40 ans, on ne parlait pas de la même chose qu’aujourd’hui. Jusque dans les années 70-80, c’était du dur, du concret. De la machine et du bâtiment, à longue durée d’amortissement. Aujourd’hui, c’est toujours du bâtiment mais moins qu’auparavant et de l’incorporel, du service, bref le noyau dur de l’investissement s’est déplacé vers l’immatériel.

Les entreprises françaises investissent beaucoup

Si ce mouvement traverse toutes les économies européennes, il est particulièrement marqué en France qui détonne par une part de l’investissement immatériel bien plus élevée qu’en moyenne dans la zone euro (plus de 5 points d’écart) mais aussi, à un degré moindre, de la construction : c’est un trait commun avec les pays du sud ou beaucoup d’entreprises possèdent leurs murs. Le corollaire de ces différences, c’est une part des investissements en machines et équipements inférieure de près de 11 points à la moyenne eurolandaise.

Un tel écart reflète certainement une tendance forte en France : une concentration sur le territoire des fonctions de conception alors que la fabrication a été en partie délocalisée. Autre trait de l’investissement des entreprises françaises, il est supporté par un nombre très limité d’acteurs. Sur les 2,4 millions d’entreprises, 1,1 million ont réalisé des investissements en 2016, soit près d’une sur deux. C’est une moyenne. En fait, 96% des entreprises de plus de 250 salariés avaient investi, 90% de celles de 10 à 250 personnes jusqu’à tomber à 30% pour les plus petites structures.

Les montants ne sont évidemment pas les mêmes et finalement 2,2% des entreprises ayant les plus investi cette même année concentraient près de 86% du total. En niveau ou en intensité, l’investissement des entreprises françaises surpasse celui de ses plus proches concurrentes. Toutes les branches ou presque sont concernées. Elles investissent notamment beaucoup dans les actifs immatériels tels que les logiciels, la R&D, qui sont au cœur de la compétitivité hors-prix. Cela ne cadre ni avec notre perte de compétitivité ni avec l’érosion continue de nos parts de marché. Visiblement, le problème ne vient pas de là !


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