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Selon les chiffres de l’OPEP, largement relayés par des institutions de référence telles que l’Agence internationale de l’énergie ou le département américain de l’Énergie, le Venezuela serait, avec 303 milliards de barils, à la tête des plus importantes réserves pétrolières de la planète, devant l’Arabie saoudite et l’Iran. À eux trois, ces États revendiquent près de la moitié du pétrole encore disponible dans les sous-sols de la Terre. Si la photo est avantageuse, le film intrigue. Les réserves vénézuéliennes sont en effet brutalement passées, entre 2007 et 2010, de 99 à 297 milliards de barils, sans qu’aucune nouvelle découverte significative ni exploration majeure ne vienne l’expliquer. Un miracle statistique dû à la décision du gouvernement de Chávez de reclassifier les réserves de l’Orénoque comme étant « prouvées » — c’est-à-dire considérées comme économiquement et techniquement exploitables. Or, le pétrole vénézuélien est extra-lourd, une sorte de mélasse très difficilement exploitable ou alors à des coûts prohibitifs.

Suspecte surestimation des réserves

Dans le monde pétrolier, les seules données accessibles sur les réserves sont celles que les États publient eux-mêmes. Et, en ce qui concerne les pays membres de l’OPEP, parmi lesquels le Venezuela, l’Arabie saoudite et l’Iran, ces chiffres sont particulièrement sensibles, car ils servent en partie de base à la répartition des quotas de production : plus les réserves affichées sont élevées, plus le volume autorisé à produire augmente. L’incitation à la surestimation est donc structurelle. Le cas saoudien est symptomatique. Depuis la fin des années 1980, le royaume affiche des réserves supérieures à 260 milliards de barils, un niveau resté remarquablement stable, voire légèrement croissant, alors même que le pays a extrait environ 133 milliards de barils de son sous-sol sur la période, sans découverte majeure notable. Un paradoxe troublant.

Réalité inquiétante des réserves mondiales

Étrange également la quasi-multiplication par deux des réserves déclarées des pays membres de l’OPEP au milieu des années 1980, précisément au moment de la mise en place des quotas nationaux au sein du cartel. Cette réévaluation a permis à certains de revendiquer une part plus importante de la production d’ensemble et de compenser la faiblesse des prix par une hausse des volumes produits afin de préserver leurs recettes. Le même scénario s’est reproduit peu après la grande récession consécutive à la crise des subprimes, à la chute des cours et à la nouvelle mise en place de contingentements.

Bref, les chiffres des réserves d’or noir sont surestimés, parfois considérablement. Le cabinet d’analyses indépendant Rystad, dont le siège est à Oslo, estime à seulement 30 milliards de barils les « vraies » réserves du Venezuela, soit un rapport de 1 à 10 par rapport aux chiffres officiels, et prévoit une production mondiale divisée par deux entre 2030 et 2050, faute de réserves suffisantes pour compenser les volumes extraits chaque année depuis des décennies.

Dépendance énergétique critique pour l’Europe

Un sacré défi pour l’Europe : 1 – parce que la consommation européenne de pétrole, même si elle n’est pas revenue à son niveau d’avant la pandémie, ne recule plus et stagne autour de 13 millions de barils par jour ; 2 – parce que l’essentiel du pétrole consommé en Europe est importé ; et enfin 3 – parce que les pays producteurs-exportateurs serviront d’abord leur demande domestique avant d’approvisionner leurs clients étrangers. En d’autres termes, une chute des approvisionnements est à anticiper, plus brutale encore que celle de la production.

Bien entendu, les projections sur l’offre sont complexes. Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République, avait annoncé la fin du pétrole pour le début des années 2000. Il n’en a jamais été autant produit qu’aujourd’hui. Mais à trop surestimer les réserves, le risque est celui d’un brutal retour de bâton — et il y aura de la casse dans les économies.


Publié le lundi 19 janvier 2026 . 4 min. 13

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