L’Insee l’assure : depuis fin 2019, le pouvoir d’achat global des Français a progressé. Selon les méthodes de calcul, la hausse cumulée est de 8,2%, ou de 5,1% en tenant compte de l’évolution du nombre de ménages et de leur composition. Sur le papier, les Français sont donc plus aisés qu’avant la pandémie. Mais faites l’expérience. Demandez autour de vous : la réponse tombe systématiquement — « mon pouvoir d’achat baisse » — c’est d’ailleurs une tendance lourde. Ce décalage nourrit l’idée d’une fracture croissante entre les statistiques et le vécu d’une majorité de Français.
Le poids caché des revenus financiers
Le premier hiatus tient à la composition du revenu disponible brut des ménages, c’est-à-dire de leurs ressources financières après impôts. Sa progression reflète la moyenne des évolutions des différents éléments qui le composent. Or, l’essentiel de cette hausse provient des revenus financiers alimentés par les intérêts et dividendes reçus. Ils s’élèvent plus rapidement que les autres composants. Cela provient de l’épargne forcée héritée des périodes de confinement et abondée depuis, ainsi que de la hausse des taux d’intérêt jusqu’en 2024. Moins visibles que les salaires ou les pensions de retraite qui tombent chaque mois, ces revenus sont en outre souvent recapitalisés, et les ménages ne les comptabilisent pas dans le périmètre de leurs revenus consommables. Il y a donc un biais de perception.
Des inégalités d’épargne qui s’accentuent
À cela s’ajoute une autre dimension : l’effort d’épargne, et donc les revenus qui y sont liés, demeure très inégalitaire. Les données disponibles datent, mais le message reste bon. Le taux d’épargne nette des 20% les plus modestes était de –2% en 2022, un chiffre négatif qui traduit une situation de désépargne ou d’endettement pour les ménages entrant, ou ayant récemment intégré cette catégorie de revenus. La hausse du nombre de dossiers de surendettement traités par la Banque de France depuis confirme une fragilisation financière croissante.
Une inflation ralentie mais non effacée
Face au revenu disponible brut, il y a l’inflation pour arriver au pouvoir d’achat. Elle s’est considérablement assagie. À environ 1%, elle a retrouvé un niveau proche de celui d’avant ses deux flambées successives — à la sortie de la crise sanitaire, puis après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Un retour à la normale, mais une partie des ménages ne le vit pas ainsi. L’inflation ralentit, certes, mais cela ne signifie pas que les prix baissent ; ils progressent moins vite après avoir explosé, sans qu’aucune correction n’ait effacé les hausses passées. Le surplus d’inflation actuel peut être estimé à 11 points par rapport à la tendance qui se dessinait sur la période 2015-2020 : c’est ce dont les ménages ont à l’esprit.
Quand la hausse des prix frappe les plus modestes
En outre, l’inflation passée a été à géométrie variable et très inégalitaire : c’est le second hiatus. Elle s’est d’abord concentrée sur l’alimentaire. L’indice des prix à la consommation sur ce segment atteint un pic historique, et la tendance est à une nouvelle accélération. La seule petite éclaircie viendrait des prix de l’énergie, qui se sont calmés, mais c’est après avoir flambé et le compte n’y est vraiment pas. Du fait de la structure de leur consommation, ce sont les ménages modestes qui ont été les plus impactés par ce type de hausses, alors même que l’augmentation des revenus, en raison de sa nature, leur a été moins profitable qu’aux autres. Ils ne sont pas à l’origine de la hausse « moyenne » du pouvoir d’achat, et leur reste à vivre se réduit encore davantage une fois déduites les dépenses pré-engagées (logement, abonnement téléphonique…), au risque d’être asphyxiés. De quoi alimenter la colère sociale.
Publié le jeudi 09 octobre 2025 .
4 min. 19
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d'Alexandre Mirlicourtois
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