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Depuis le début des années 2000, la France a connu une croissance économique faible, irrégulière. Le niveau de vie médian a bien plus lentement que les dépenses contraintes — logement, énergie, alimentation, transports — entraînant une érosion considérable du revenu arbitrable pour une partie de la population. Mais pour certains, le mal est plus profond encore. Stable autour de 13% au début des années 2000, le taux de pauvreté monétaire, c’est-à-dire la part de la population vivant avec moins de 60% du niveau de vie médian, atteint aujourd’hui 15,4%, soit près de dix millions de personnes. Un chiffre en hausse de 16% depuis 1996, l’équivalent de plus d’1,3 million de Français tombés dans la pauvreté. Derrière ces chiffres se cachent de profonds écarts entre catégories sociales.

Des écarts marqués selon le statut d’activité

Un premier bloc se dégage selon le statut d’activité. Le taux de pauvreté des chômeurs dépasse désormais 36%, soit un niveau quatre fois plus élevé environ que celui des actifs en emploi. Au cœur de ces écarts : la réduction de la durée d’indemnisation, le plafonnement des allocations, et un effet de composition (davantage de personnes seules, de jeunes peu ou pas diplômés, des catégories particulièrement exposées à la pauvreté).

Indépendants et salariés modestes en première ligne

Parmi les actifs, les indépendants, artisans, petits commerçants et chefs d’entreprise sont les plus fragilisés : près d’un quart déclarent un revenu inférieur au seuil de pauvreté. La hausse des charges, la concurrence accrue et la transformation rapide des modes de consommation ont comprimé leurs marges et leur capacité d’investissement. Viennent ensuite les salariés les moins qualifiés. Le taux de pauvreté atteint 14,7% chez les ouvriers et 13% chez les employés, contre moins de 10% vingt ans plus tôt. Cette dégradation s’explique par la montée de l’emploi à temps partiel, des contrats courts. Si le chômage a reculé, la proportion de travailleurs pauvres, elle, a augmenté. Les professions intermédiaires, cadres et professions intellectuelles se situent nettement en dessous de la moyenne.

Les familles monoparentales et les enfants parmi les plus touchés

La configuration familiale est également un facteur discriminant. Les familles monoparentales représentent environ un quart des ménages avec enfants, et leur taux de pauvreté s’élève à 34%. Ce chiffre a doublé en vingt ans. Les causes sont structurelles : un seul revenu pour deux ou trois personnes, des charges fixes importantes et une moindre capacité d’épargne de précaution. Les prestations sociales atténuent partiellement cet écart sans le résorber. Conséquence de la dégradation de la situation des familles monoparentales, le taux de pauvreté des enfants augmente et atteint un record, à près de 22%. Le phénomène est plus diffus mais bien réel pour les classes moyennes inférieures. Sans basculer dans la pauvreté monétaire, elles subissent un appauvrissement relatif : le coût du logement et de l’énergie a progressé deux fois plus vite que leurs revenus.

Des fractures sociales qui interrogent le modèle français

Enfin, le taux de pauvreté atteint 32% chez les personnes immigrées et jusqu’à 38% pour celles nées en Afrique. Ces chiffres sont stables depuis deux décennies. Les écarts s’expliquent principalement par des différences de qualification, d’accès à l’emploi stable et de capital patrimonial.

La France ne s’est pas globalement appauvrie, mais les écarts entre groupes se sont creusés. L’appauvrissement touche avant tout les actifs modestes, les familles isolées et les indépendants. Cette évolution pose moins la question de la croissance que celle de sa répartition et de la capacité du modèle social à amortir durablement les inégalités économiques.


Publié le mardi 28 octobre 2025 . 3 min. 56

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