Depuis l’adoption de l’Inflation Reduction Act en août 2022, les États-Unis ont enclenché un mouvement de réindustrialisation sans précédent autour des technologies en faveur de la transition écologique.
En moins de trois ans, usines de batteries, panneaux solaires ou pompes à chaleur ont fleuri dans les États américains. Le Kentucky, la Géorgie et le Michigan, bastion historique de l’industrie automobile, voient se développer des usines de batteries si bien qu’on parle désormais de « Battery Belt », en écho à l’ancienne Rust Belt.
Mais ce boom industriel est-il durable ? Et surtout, peut-il résister au retour d’une incertitude politique majeure depuis le retour de Donald Trump ? Le rapport du Rhodium Group, Clean Investment Monitor, publié en 2025, dresse un tableau aussi impressionnant qu’inquiétant.
- Depuis 2022, les investissements dans l’industrie verte sont passés de 2,5 milliards de dollars au troisième trimestre 2022 à 14 milliards de dollars au premier trimestre 2025.
- Depuis la promulgation de la loi, les entreprises ont annoncé la création de 380 sites de fabrication de technologies propres, dont près de la moitié étaient opérationnels au 31 mars 2025.
- Au 1er trimestre 2025, les investissements dans les énergies propres et les transports aux États-Unis ont totalisé 67,3 milliards de dollars, soit une augmentation de 6,9 % par rapport à la même période en 2024, mais une baisse de 3,8 % par rapport au trimestre précédent.
Cette expansion rapide reflète une intensification de la concurrence mondiale pour attirer les chaînes d'approvisionnement en technologies propres et stimuler la production nationale.
Dans un contexte de surcapacité de production, les États-Unis renforcent leur capacité de production dans les biens clés à la transition écologique :
- Dans le solaire, 110 projets opérationnels de fabrication de composants solaires aux États-Unis, avec une capacité de production de :
- 42 gigawatts (GW) de modules,
- 8 GW de cellules,
- 26 GW de poly-silicium.
À mesure que ces installations existantes augmenteront leur production, une capacité supplémentaire de 19 GW de modules et de 6 GW de cellules sera mise en service.
- Dans les batteries, 123 usines sont désormais opérationnelles, avec une capacité combinée de 202 GWh par an, soit plus que la demande intérieure estimée pour 2024.
Mais cette trajectoire est en train de se fissurer. Les chiffres du premier trimestre 2025 marquent un ralentissement. Près de 7 milliards de dollars de projets industriels ont été annulés ou gelés au cours du 1er trimestre, signe d’une fragilité croissante. Le climat politique y est pour beaucoup avec le retour de Trump.
Autre facteur de fragilité : le risque de surcapacité. Dans les batteries notamment, l’offre projetée dépasse déjà la demande intérieure à moyen terme. Cela pose la question du débouché export, ou d’un pilotage plus fin des capacités — dans un contexte mondial où l’Europe ou l’Inde développent elles aussi leurs propres chaînes industrielles et où la Chine offre déjà des capacités de production excédentaires.
En résumé, l’IRA a enclenché un cycle industriel nouveau, mais sa trajectoire n’est pas assurée. Pour les Européens, il s’agit de tirer les leçons d’une politique qui, malgré ses défauts, a su redonner à l’industrie une ambition climatique… et une visibilité géopolitique.
Publié le vendredi 26 septembre 2025 .
3 min. 37
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