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07/11/201904:12

Peut-on s’intéresser aux questions engendrées par une meilleure compréhension du comportement du consommateur, ou de l’homo economicus, sans s’intéresser à la petite enfance ? et plus précisément à la manière avec laquelle les plus petits acquièrent la faculté d’accéder aux objets ?


Il est généralement admis en microéconomie que l’étude des plus petits n’a pas d’importance dans la mesure où ceux-ci ne seraient pas encore tout à fait socialisés. Tout se passant comme si c’était en sortant de la crèche seulement que les enfants seraient des êtres susceptibles d’être étudiés socialement, l’idée étant que c’est justement cette première expérience de la vie à plusieurs qui aurait pour but de les socialiser. Un geste aussi élémentaire que celui de « prendre » un objet ne pourrait donc être compris qu’après cette période de la vie, lorsqu’enfin la société et son système de contraintes a pris ses droits.


Or, ce n’est pas le point de vue du sociologue Wilfried Lignier, un sociologue du CNRS spécialiste de l’enfance vue sous l’angle de la sociogénèse des pratiques. Il publie Prendre. Naissance d’une pratique sociale élémentaire au Seuil et défend l’idée selon laquelle, quoiqu’en pensent visiblement les économistes et les psychologues, dès leur plus jeune âge les enfants ne deviennent pas sociaux puisqu’ils le sont d’emblée. Le lieu d’habitation des parents, les habitudes alimentaires de la famille, le nombre de frères et sœurs pour ne citer que quelques facteurs, tous influent sur la manière avec laquelle les enfants appréhendent le monde ambiant. Au point que le simple fait de « prendre » conçu généralement comme un acte naturel, « pulsionnel », en dépend.


L’ouvrage nous plonge donc dans l’univers d’une crèche parisienne accueillant des enfants de deux à trois ans, où l’auteur a pu observer les premiers gestes de préhension exercés par les enfants. Comment en effet un enfant se met-il à désirer tel ou tel objet ? Comment se fait-il comprendre des autres, notamment lorsque ceux-ci paraissent avoir la même volonté de « prendre » justement ? Garçons et filles agissent-ils de la même façon? Les enfants socialement défavorisés ou favorisés réagissent-ils différemment dans le contrôle des choses de leur environnement ? 


Cette expérimentation ne laisse pas nous surprendre. Tout d’abord nous comprenons très vite, loin des clichés sur la pure innocence enfantine, qu’une certaine violence fait partie de la vie des enfants. Le rôle des auxiliaires de puériculture étant précisément de tenter de l’endiguer. Il est notamment visible, ainsi que l’indique l’auteur, que « la « prise » est une pratique plus élémentaire que le don », ce qui lui fait dire que « l’enfant « consommateur » précède l’enfant « distributeur » - logiquement et temporellement. » (p. 289). Aussi nous comprenons que le rapport à la propriété chez les enfants des classes populaires n’est pas le même : posséder cela veut dire pour eux « avoir en main », tandis que s'arroger un livre, par exemple, est un geste plus habituellement fait par les enfants d’origine sociale supérieure. (p. 146).


Notre sociologue remarque enfin un élément particulièrement saisissant : à la crèche le désir dépend du désir d’autrui. « J’ai plusieurs fois observé » raconte-t-il, « des scènes où un objet ou espace semblait devenir préférable aux yeux d’un enfant précisément parce qu’un ou plusieurs autres enfants cherchaient à le prendre. » (p. 164). Plus un objet est l’objet du désir d’autrui et plus il prend de la valeur. Ainsi des enfants eux-mêmes : plus ils se mettent en valeur, plus ils sont ceux avec lesquels les autres veulent être liés. On peut y lire ici un retour flagrant de la théorie girardienne du désir mimétique : le désir est toujours imitation du désir d’autrui et la rivalité entre les êtres y trouve leur source principale.


Cette étude nous plonge dans un monde qui n’est pas étranger à celui des organisations commerciales où « prendre » est un acte de tous les jours. On y prend sans cesse des risques, des marchés ou des options. On y prend même parfois le taureau par les cornes ou son courage à deux mains. Dans ces opérations, le manager joue à n’en pas douter un rôle central : c’est à lui –ou elle- que revient de définir la façon et le moment d’agir. Mais comment imaginer qu’il ait pu s’émanciper des mauvaises habitudes acquises durant la petite enfance ? L’étude en elle-même nous laisse quelques espoirs dans ce domaine qualifiant de « frustre » (p. 316) la manière qu’ont les enfants de contrôler leurs désirs. C’est tout l’enjeu de l’éducation en management, et de l’expérience en entreprise associée, que de favoriser cette évolution.

Référence : Prendre. Naissance d’une pratique sociale élémentaire. De Wilfried Lignier. « Liber ». Seuil.


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Mots clés : Idées & débatsViolenceSociologieDésirabilitéEnfance

Prendre. Naissance d’une pratique sociale élémentaire

Prendre. Naissance d’une pratique sociale élémentaire

Auteur : Wilfried Lignier
Date de parution : 07/02/2019
Éditeur : Le Seuil
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