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20/05/202105:01

Cas d'école que j'adore prendre en exemple à mes étudiants de première année et dont on se dit qu’il mériterait d’être médité par nos hommes et femmes politiques, tous bords confondus : Papa, Maman (ou toute combinaison équivalente) et leurs trois enfants terminent de dîner. Question : qui débarrasse la table ?

Réponse du Professeur Henry Fayol : un planning précis doit être élaboré par le chef pour chaque jour de la semaine ; ne reste donc plus qu'à surveiller l'exécution, récompenser de temps à autre et sanctionner en cas de non-respect. Il ne doit venir à personne l'idée de contester (le chef a dit !). Par crainte des représailles, les enfants ruminent (en silence) et s'exécutent. Généralement, cette option marche bien jusqu'à l'adolescence, après ça peut devenir plus compliqué et les soirées être moins apaisées...

Réponse subtile du Professeur Coase, prix nobel d’économie : mise aux enchères de la tâche à accomplir. OK, donc on donne  1 euro à l'enfant qui débarrasse. Résultat : Les parents sont contents : 1 euro pour se reposer sans drame après une longue journée de boulot, ce n'est pas cher payé. Personne n'en veut à 1 euro ? Bon, 1,50 ? Toujours personne ? OK, alors je fais moi-même et je garde les sous. Amusant, d'un seul coup, les enfants se battent pour débarrasser. Magie du marché, quand tu nous tiens... Liberté de l'accord marchand donc, plutôt que contrainte autoritaire, bien vu. Et ça marche, la preuve : on aura reconnu ici, par exemple, le choix de financer la recherche sur projets plutôt que par des crédits récurrents…

Naturellement, se mettre d'accord sur le prix prend du temps puis - merci Professeur Williamson, autre prix nobel - surveiller le respect du contrat aussi. Un gamin peut en effet toujours être tenté par l'opportunisme ! Autre problème : à l'adolescence, la discussion sur le tarif peut commencer à durer, surtout si les enfants pensent à pointer le fait qu'il y a certes une table à débarrasser, mais aussi des serviettes à ranger, une table à nettoyer et à essuyer, etc. Et encore n'a-t-on pas évoqué l'éventuelle vaisselle à faire... Bref, ça finit par coûter cher et la réponse de l’élève Fayol retrouve alors de sa pertinence. C’est l’enseignement de la théorie dite des coûts de transaction. Bien connue des économistes quand ils s’intéressent, avec leur grammaire, à l’entreprise…

Il y a pourtant une troisième réponse possible, c’est celle du Professeur Mauss. Imaginons en effet que loin de rechigner, les enfants se bagarrent pour débarrasser en remerciant leurs parents d'avoir préparé le dîner. Ils sont habiles puisqu'ils savent qu'ainsi ils y gagnent le droit, en retour, à 5 minutes de plus avant d'aller au lit et à une belle histoire pour s'endormir. À l'adolescence, ce genre de plaisanteries finit généralement par transformer les parents en chauffeurs de taxi ; mais, pas de doute, la triple obligation du donner-recevoir-rendre marche à plein.

Pourquoi ce petit exemple ? Parce que dans une organisation les droits de propriété sont, à la différence d’un marché, toujours démembrés. La preuve : personne ne possède la famille et bien mal qui peut en définir les frontières… de manière définitive. C’est la raison pour laquelle la famille est sans doute la meilleure forme à étudier pour comprendre les enjeux du management. Elle est, en effet, le lieu où les relations ne sauraient, précisément, se concevoir au travers du prisme de la grammaire économique et du strict échange marchand fondé sur le mécanisme de prix : on y trouve, par nature, d'abord de l'autorité (parentale) et du don / contre-don, singulièrement dans les relations intergénérationnelles.

La recherche en gestion, quand elle s'est intéressée à la famille, a toujours retenu l'objet de l'entreprise familiale et de ses éventuelles particularités. Elle a largement démontré en mobilisant les grilles de lecture fondées sur la contrainte, chère à Fayol, mais aussi et surtout du don / contre-don, chère à Mauss, combien la pression exercée par le "clan" et la culture commune conduisent à une efficience spontanée accrue.

Il est donc temps maintenant de défendre l’idée que la famille en tant que mode d'organisation, dans son principe même de coordination, d'animation n’est pas une forme limite, marginale, mais bien plutôt la forme de référence du management. Et qu’elle l'a toujours été.

Et ceci pour une raison simple : marquée au coin du triptyque des trois formes fondamentales d'échange humain – le prix, la contrainte et le don – la famille est le lieu où le marché et la compétition doivent toujours être tenus en laisse, et laissés à leur juste place – c’est-à-dire à l’extérieur… -- des frontières de cette chose chère aux professeurs comme aux professionnels de la gestion et du management : l’organisation.


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