On croyait vivre dans l’abondance…… en réalité, nous étions juste en sursis. Pendant deux siècles, le capitalisme a fonctionné comme une grande promesse de richesses infinies. Croissance infinie. Ressources infinies. Consommateurs infinis. Mais cette promesse touche à sa fin. C’est la thèse forte et inquiétante de l’économiste et historien Arnaud Orain, dans son livre Le Monde confisqué, paru en 2025 chez Flammarion.
Trois moments où la finitude ressurgit
Pour Arnaud Orain, ce capitalisme de la finitude ne date de ces dernières années. C’est même un cycle récurrent. Il émerge en trois temps : au XVI? siècle avec les grandes découvertes, à la fin du XIX? siècle avec la course aux empires, et depuis les années 2010 avec le retour des guerres économiques. À chaque fois, le capitalisme s’est adapté à la rareté, en la gérant... ou en la militarisant : quand les ressources apparaissent limitées, il faut les conquérir.
L’ère de l’accaparement
La mondialisation ouverte s’efface sous nos yeux. Il fait place à une géoéconomie du verrouillage. États, empires, multinationales verrouillent les ressources, les territoires, les données. Les flux sont surveillés, militarisés. L’espace devient confisqué, privatisé. Le capitalisme s’organise désormais non pas pour produire plus, mais pour conquérir et garder pour soi.
Fin de la concurrence, retour du monopole
Dans ce monde clos, la concurrence s’efface. On assiste au retour des monopoles, des droits de douane, de la planification industrielle. L’économie devient géopolitique, et le capitalisme, une affaire de puissance.
Le capitalisme s’adapte, toujours
C’est là la force du système : il ne meurt pas, il mute, il se transforme. En temps de croissance, il vend du rêve. En temps de crise, il vend de la survie. Résilience, sécurité, sobriété : tout devient marchandise.
Une économie de l’invivable
Mais cette adaptation a un coût : celui d’une société qui organise la rareté sans jamais remettre en cause ses fondements. La sobriété devient un luxe pour riches, une contrainte pour les pauvres. Le capitalisme de la finitude est aussi un capitalisme des inégalités durables.
Le monde confisqué, ou partagé ?
Alors que les ressources se raréfient, une question fondamentale surgit : à qui appartiennent-elles ? Qui décide ? Qui accapare ? Et surtout : qui renonce ?
Finitude ou rupture ?
Selon Arnaud Orain, la finitude n’est pas qu’une limite écologique. Elle est aussi géopolitique, sociale, culturelle. Elle impose de repenser notre usage du monde, nos formes d’organisation, nos finalités collectives. Mais rien ne garantit que cette bifurcation aura lieu. Le retour en force de figures comme Trump incarne une autre issue : un capitalisme durci, régressif, qui choisit d’assumer la finitude… par un usage sans scrupule des rapports de force.
Référence :
Arnaud Orain, Le Monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVI? XXI? siècle), Flammarion, coll. Le présent de l’histoire, 2025.
Publié le lundi 06 octobre 2025 .
3 min. 14
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