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Brandt, Kickers, placés en redressement judiciaire. Plus que les difficultés de l’électroménager et du textile français, c’est le signe de la poursuite du naufrage de l’industrie des biens de consommation, malgré une demande intérieure dynamique. L’écart entre la consommation des ménages et le « made in France » l’illustre parfaitement. Le divorce entre les deux courbes s’amorce au début des années 2000. Depuis, chaque crise — grande récession de 2008-2009, Covid — creuse davantage le fossé. L’industrie française encaisse, sans jamais rebondir. Résultat : la demande des ménages s’envole depuis le début des années 1990, quand la production s’étiole. Plus que ça, des bastions entiers ont disparu du paysage industriel français.

Des filières entières rayées de la carte

Dans les biens non durables, il ne reste plus grand-chose de la filière textile-habillement-cuir. L’industrie de la chaussure en est le symbole avec une chute vertigineuse de 97% de la production. Même constat dans les biens durables : le meuble –65%, l’électroménager –22%. Plus aucun ordinateur — ou presque — n’est fabriqué en France, pas davantage de téléphones. Moins de 1,5 million de véhicules sortent des chaînes de montage, contre plus de 3 millions dans les années 90.

Les causes de cette déconfiture sont multiples : erreurs politiques, choix économiques discutables, stratégies hasardeuses, attaques venues de l’extérieur… Un enchaînement qui a atrophié la base industrielle du pays. Tout cela s’inscrit dans un temps long, dès les années 1990. La France s’engage alors dans la politique du franc fort en s’alignant sur le deutschemark. Dans le même temps, la peseta espagnole, la lire italienne et la livre britannique sont dévaluées. La compétitivité française dégringole.

Le tournant des années 2000 et la mondialisation accélérée

Les premières digues cèdent : textile, habillement, cuir… En dix ans, la production est quasiment divisée par deux ; le meuble commence aussi à souffrir. Les années 2000 accélèrent le mouvement. Le révélateur vient de l’éclatement de la bulle internet en 2001. Cette crise marque un vrai tournant. Les événements s’enchaînent : entrée de la Chine dans l’OMC fin 2001, accélération de la mondialisation et concurrence des pays à bas coûts. Déjà déstabilisées, la filière textile-habillement-cuir et le meuble décrochent. D’autres suivent : c’est le cas d’une partie de l’électronique grand public, notamment la fabrication d’ordinateurs.

Des choix politiques défavorables à l’industrie

Il n’y a pas que la Chine. Il faut aussi mentionner un choix politique français majeur : stimuler la consommation et l’immobilier, plutôt que l’industrie, promouvoir le fabless, l’industrie sans usine. Pendant ce temps, l’Allemagne engrange les fruits des réformes Schröder, de la mise en place de son économie de bazar et gagne des parts de marché, tandis que les délocalisations françaises s’accélèrent. Puis vient la grande récession de 2008-2009, suivie de crises à répétition et d’une concurrence renforcée venue d’Italie et d’Espagne, converties au néomercantilisme : déflation salariale, compression de la demande intérieure, export offensif.

L’automobile, miroir du déclin industriel français

Finalement, c’est l’industrie automobile qui condense le mieux les déboires du « made in France » : concurrence de l’Allemagne, de la Chine, délocalisations et erreurs stratégiques ont divisé par trois la production sur le sol français. Une partie de l’industrie des biens de consommation est aujourd’hui un champ de ruines, avec cette conséquence simple et implacable : le « plus d’achats » ne stimule plus nos chaînes de production, il creuse notre solde extérieur. Consommer, c’est importer.


Publié le mardi 04 novembre 2025 . 3 min. 49

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