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Croissance : vivement l’erreur !

Publié le mardi 21 mai 2013 . 3 min. 52

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Xerfi Canal présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi

La reprise arrivera bien tôt ou tard en France, plutôt tard selon nos estimations. Nous prévoyons, en effet, un recul de 0,5% de la croissance en 2013 et un timide rebond de 0,3% en 2014. Surtout, nous n'envisageons pas de nette récupération de l'activité au-delà, car la croissance va rester durablement molle. Le plus préoccupant ce n'est pas le calendrier de la reprise mais sa faiblesse. En d'autres termes, le potentiel de croissance de la France s'est affaibli avec la crise et il n'y aura pas de rattrapage compensatoire de l'activité. Il faut être lucide. La croissance vacille sur ses deux bases structurelles : les capacités industrielles et entrepreneuriales d'une part ; le capital humain d'autre part. Notre base productive perd chaque jour de sa substance sous l'effet de la disparition massive de nos entreprises. Depuis maintenant 4 ans, le nombre de défaillances tourne autour de 60 000 unités chaque année. Et les dernières données montrent qu'un nouveau seuil de casse industrielle a été franchi. L'hémorragie est inquiétante, par sa durée et par son intensité. Et rien ne semble pouvoir l'endiguer tant les handicaps de compétitivité de la France sont nombreux: niveau trop élevé des charges sociales, inertie salariale, marges laminée. Cette situation financière dégradée pèse sur la capacité des entreprises à investir, en particulier dans des équipements sophistiqués. Juste un exemple pour bien comprendre : entre 2008 et 2012, les industriels français ont acquis un peu moins de 12 500 robots industriels, les italiens environ 22 000 soit près du double. Mais ce n'est rien par rapport à la vague allemande qui, avec 76 349 acquisitions fait plus de 6 fois plus que la France. Alors le piège se referme. Avec le recul de la profitabilité, les entreprises n'ont pas les moyens de monter en gamme. Ce qui condamne des pans entiers de l'industrie. Pour les entreprises en concurrence frontale avec les pays à bas coût salariaux, pas d'autre choix que de comprimer ses marges pour faire baisser ses prix et ainsi rester dans la course. Et c'est le cercle vicieux, qui condamne toute chance de sortie par le haut, via l'investissement. Faute de marges de man?uvre, la productivité est plombée. Ce qui a bien sûr des conséquences sur l'autre facteur clé de la croissance potentielle, le facteur travail. Le sous-emploi de masse touche aujourd'hui près de 5 millions de personnes. Un chiffre record qui regroupe à la fois les chômeurs déclarés et les salariés plus ou moins condamnés au temps partiel. Certes, la conjoncture explique en partie la montée actuelle du nombre de chômeurs. Mais, on sait aussi que dans un pays comme la France, le chômage est une trappe dont il est difficile de s'extraire. Une composante importante est devenue structurelle Les Français, les plus jeunes d'entre eux notamment, l'ont bien compris. Selon le sondage de Viavoice du début d'année, 50% des 18-24 ans et 51% des 24-34 ans voudraient quitter le pays. Et ils passent à l'acte comme l'illustre la hausse du nombre de Français vivant à l'étranger depuis 2008. A l'hémorragie du capital s'ajoute donc celle des cerveaux. Pour résumer : nos capacités techniques et humaines faiblissent, nos équipements vieillissent, notre productivité est cassée. Au total, notre prévision c'est que la croissance potentielle de la France campe désormais durablement nettement sous le seuil de 1Mais rien n'est irrémédiable en économie, rien n'est écrit d'avance. Pour autant, rarement on aura attendu avec autant d'impatience une inflexion stratégique pour balayer des prévisions bien sombres. On aurait tellement envie de s'être trompé.       

Alexandre Mirlicourtois, Croissance : vivement l'erreur !, une vidéo Xerfi Canal


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