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L'évolution du patrimoine des Français

Publié le mardi 7 mai 2019 . 5 min. 09

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Début 2018, plus de 93 Français sur 100 détenaient un patrimoine immobilier, professionnel ou financier (autre qu’un compte chèque). Ce chiffre est quasiment stable depuis 20 ans. Mais c’est une stabilité de façade car les comportements patrimoniaux ont profondément changé, notamment depuis 2008 avec ce fil rouge. Depuis la crise, l’aversion pour le risque s’est élevée au profit des produits les plus sécurisés. Et entre produits sécurisés, la concurrence a été d’autant plus intense que les rendements ont chuté donnant à la fiscalité un rôle prépondérant dans le fléchage de l’épargne.


La pierre, placement préféré des Français


Grand gagnant des 20 dernières années, l’immobilier. Ensemble les logements et le foncier représentent 57% du total des actifs détenus par les Français, contre 47% environ il y a un peu moins de 20 ans. Cette envolée porte bien entendu la marque de la hausse des prix des logements et des terrains nettement plus forte en moyenne que celle des actifs financiers et une frénésie d’acquisitions, si bien que 61,6% des ménages possédaient début 2018 un patrimoine immobilier, contre 58,5% en 1998. Les incertitudes sur les retraites, les déconvenues successives sur le rendement des placements alternatifs, l’arsenal fiscal très avantageux pour l’investissement locatif et depuis plusieurs années la faiblesse des taux d’intérêt font de la pierre le placement préféré des Français.


Ce basculement du patrimoine des ménages vers l’immobilier depuis 20 ans masque néanmoins une inflexion depuis peu en raison :


1. d’une progression des prix dans l’immobilier devenue plus heurtée et moins dynamique, à l’exception de Paris, sa proche banlieue et de quelques grandes métropoles régionales ;
2. de la baisse très récente du taux de détention d’un bien immobilier, la première depuis que celui-ci est mesuré par l'enquête Patrimoine de l'Insee.


Ce n’est pas du côté des jeunes ménages que le bât blesse avec un taux de propriétaires en hausse mais essentiellement du côté des ménages dont la personne de référence a entre 50 et 69 ans. Et pour cause, outre la baisse du coût de l’argent, la flambée immobilière a été rendue supportable par l’allongement de la durée des prêts. Les emprunts à plus de 25 ans représentent désormais 41% de la production contre 24% en 2010, des prêts inaccessibles pour les quinquagénaires. En d’autres termes, arrivés à 50 ans si vous n’êtes pas déjà propriétaires, la probabilité de le devenir pour la première fois sans hériter c’est quasiment mission impossible.


L’assurance-vie plutôt que la détention d’actions


Si la préférence des Français penche, c’est indéniable, vers l’immobilier, il ne faut pas croire pour autant qu’ils aient totalement délaissé les placements financiers. En revanche, ils ont fait des choix très tranchés.


Parmi les supports délaissés, les actions : début 2018, 15,6% des ménages en métropole détenaient des valeurs mobilières, contre plus de 21% en 1998. La forte baisse des cours boursiers intervenue en 2007-2008, venant après celle subie au début des années deux mille, explique cette désaffection pour les titres financiers. Baisse du taux de détention, baisse des cours par rapport à leur pic de la fin des années 2000, les actions cotées représentent juste 2,1% du patrimoine financier des ménages. C’est un point de moins qu’à la fin des années 90.


Autres produits délaissés, l’épargne logement : la réduction des avantages fiscaux du PEL et du CEL, la faiblesse des rendements proposés, la concurrence de plus en plus efficace des crédits immobilier non réglementés avec la baisse des taux sont autant éléments explicatifs du déclin : 41% des ménages détenaient une épargne logement en 1998, contre un tiers aujourd’hui.


Parmi les supports financiers plébiscités cette fois-ci, l’assurance-vie se détache nettement. Parce qu’elle conserve une fiscalité avantageuse, notamment lorsqu’elle est utilisée pour préparer sa retraite, parce qu’elle permet de sécuriser au moins une partie de son épargne, parce qu’elle facilite la transmission du patrimoine, et parce qu’elle continue à offrir, même s’ils sont en recul, des rendements attrayants dans un contexte de taux zéro, l’assurance-vie connait un succès qui ne se dément pas : moins de 29% des ménages détenaient une assurance-vie en 1998, contre près de 37% maintenant.


Les Français sont des fourmis et des fourmis qui n’aiment pas le risque. L’observation de leur patrimoine montre des comportements dominés par la prudence, la prévention des aléas, la préparation active de la retraite puis de la succession. Et vouloir flécher à tout prix l'épargne des ménages vers des supports plus risqués, censés favoriser les investissements dans l'économie réelle, c’est aller contre nature. C’est pourtant l’un des objectifs d’Emmanuel Macron. D’autres ont essayé avant lui. Tous ont échoué !


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