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La crise en Afrique du Nord et au Moyen-Orient : état des lieux

Publié le jeudi 25 février 2021 . 4 min. 44

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Ce n’est pas à un, mais à deux chocs auxquels les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont dû faire face. Avec d’un côté les répercussions directes, économiques, financières et sociales de la pandémie et, de l’autre, les conséquences de l’effondrement des cours du pétrole.


La chute des recettes pétrolières fait vaciller les comptes publics


Au regard de l’importance, des exportations d’hydrocarbures pour l’économie régionale, l’affaissement des recettes pétrolières a été la principale courroie par laquelle s’est transmise la crise. C’est une véritable prise en étau : d’un côté, à partir de la fin janvier 2020, les cours sont passés sous leurs niveaux de l’année précédente sans jamais repasser au-dessus pour une baisse annuelle de près de 34%. De l’autre, les volumes produits se sont affaissés, conséquence directe de la mise en place de quotas notamment pour limiter l’impact sur les prix du recul historique de la demande :


-8,8% en volume sur 12 mois, soit plus que les décrochages observés lors des premier et second chocs pétroliers et sans commune mesure avec le recul provoqué par la grande récession de 2008-2009.


Or, les bénéfices tirés du pétrole, c’est-à-dire la différence entre la valeur du pétrole brut produit aux prix des marchés internationaux et le coût de production total a représenté 22% du PIB régional en moyenne entre 2008 et 2018. Avec cependant de fortes disparités entre :


• d’un côté les grands pays exportateurs d’or noir — Koweït, Libye, Irak, Arabie saoudite et Oman — qui se situent plus de 10 points au-dessus de la moyenne ;
• et de l’autre, le Liban, la Jordanie, le Maroc, la Tunisie, et l’Égypte qui ne bénéficient pas de la rente pétrolière ;
• quant à l’Algérie, les Émirats arabes unis, le Qatar, ils se situent dans une position intermédiaire.


Avec l’effondrement des recettes pétrolières, ce sont des comptes courants dans le rouge, des réserves de changes évaporées et des finances publiques dégradées… donc des moyens d’action limités pour combattre les conséquences de la pandémie.


Le tourisme : une manne essentielle qui s’est tarie


Si les grands pays producteurs de pétrole sont les plus durement impactés, les autres ne sont pas non plus épargnés via l’affaiblissement du commerce régional et surtout la mise à l’arrêt de l’autre grand moteur économique de la région : le secteur touristique. Un contributeur essentiel à la croissance : sur les 20 années précédant la pandémie, le nombre de touristes est passé de 42 à près de 130 millions, une multiplication par 3 malgré le contrecoup d’attentats terroristes. Les recettes ont suivi et font même mieux passant de 42 milliards de dollars en 2002 à quasiment 144 en 2019.


Pourvoyeur de devises et de nombreux emplois, le tourisme est un secteur vital pour des pays comme le Liban où il représente 18% du PIB, mais aussi pour la Jordanie (15,8%), la Tunisie, le Maroc, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite (grâce notamment aux pèlerins se rendant à la Mecque) ou l’Égypte. Un tourisme massivement étranger, là où la composante domestique représente les deux tiers en France. Or, avec les restrictions de voyages liées à la pandémie, les arrivées touristiques se sont effondrées de 75% l’année dernière en Afrique et au Moyen-Orient avec toutes les répercussions possibles notamment sur l’emploi.


Facteur aggravant, le poids de l’économie informelle, dont la part dans l’emploi total varie d’un peu moins de 50% pour la Jordanie jusqu’à près de 80% au Maroc selon les chiffres de l’Organisation internationale du Travail, avec tout ce que cela comporte comme instabilité des revenus, d’absence de protection sociale ou de couverture maladie. Au moindre retournement brutal de l’activité et ce sont des pans entiers de la population qui tombent sans filet de sécurité dans la précarité voire l’extrême pauvreté enfonçant ainsi la demande intérieure et la croissance.


Des troubles à craindre avec la flambée des prix des denrées agricoles


Pour nombre de pays, 2020 aura été une année noire. La moyenne recouvre cependant des disparités considérables reflet de la capacité d’intervention et de stabilisation des différents États. La Libye et le Liban sont des cas particuliers. Marquées par des troubles sévères, leurs économies sont à l’agonie. La majorité des reculs se situe en fait entre -12 et -4% et seule l’Égypte s’en sort et reste en croissance grâce notamment au filet de sécurité mis en place par le gouvernement égyptien. Après un recul historique, la Banque mondiale n’entrevoit pas beaucoup mieux qu’une reprise modeste à 2,1% cette année pour la région et de 3,1% en 2022. Avec une grande incertitude : la date du retour des touristes, totalement dépendante de la maîtrise de la pandémie. Une lueur d’espoir : la poursuite de la remontée des cours pétroliers qui se rapprochent des niveaux d’avant crise. Mais aussi un très grand motif d’inquiétude : la nouvelle flambée des prix des denrées agricoles, notamment des céréales au plus haut depuis 2014 et en progression de 60% depuis la fin juin 2020. Le risque d’insécurité alimentaire augmente pour des États structurellement dépendants de l’extérieur pour leur alimentation… Le risque de troubles aussi.


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