La Chine, bientôt première puissance économique au monde ? Pour certains, le débat est clos : elle l’est déjà. Il est vrai qu’en parité de pouvoir d’achat, son PIB a dépassé celui des États-Unis en 2016, et l’écart s’élargit depuis. Mais si cet indicateur permet de comparer richesse réelle des habitants dans leur propre pays, il ne dit rien de la puissance économique, où le véritable arbitre reste le PIB nominal. Et selon ce critère, la domination américaine demeure. La Chine a certes rattrapé une large partie de son retard en vingt-cinq ans, mais elle reste derrière. Surtout, la dynamique de convergence s’est essoufflée depuis la crise du Covid. Or le pays n’a toujours pas rejoint le niveau des économies avancées en matière de PIB par habitant ou d’indice de développement humain. La question de sa capacité réelle à s’imposer reste donc ouverte.
Le vieillissement comme frein structurel
Premier obstacle : la démographie. Avec moins de 10 millions de naissances par an ces trois dernières années, la Chine entre dans une phase de vieillissement accéléré, avec un recul attendu de la population des 20-64 ans, cœur de la main-d’œuvre. Moins de bras, et moins efficaces. La relation entre âge et productivité fait débat, mais un consensus se dégage : la plupart des travaux décrivent soit une courbe en U inversé — productivité croissante puis déclinante — soit une trajectoire concave — progression toujours positive mais de plus en plus lente. Le vieillissement finit par peser sur la croissance potentielle ce à quoi s’ajoute la montée des dépenses liées à la dépendance : chaque actif devra supporter 0,44 personne de 65 ans ou plus d’ici 2040, quatre fois plus qu’en 2000.
Les limites du rattrapage technologique et immobilier
Deuxième obstacle : la technologie. Les entreprises chinoises rivalisent avec les leaders mondiaux voire dominent dans certains secteurs. Mais le ressort du rattrapage technologique s’épuise. Après l’imitation, reste la marche plus haute de l’innovation de rupture. Le nombre de chercheurs chinois est certes deux fois supérieur à celui des États-Unis, mais cela tient surtout à la taille du pays ; rapporté à l’emploi, l’avantage américain demeure net. Troisième obstacle : le modèle de croissance lui-même. Le duo BTP-immobilier — l’un des axes du développement depuis vingt ans — est en crise. L’immobilier reste le placement favori des Chinois faute d’alternative, mais il est au creux de la vague, entamant la confiance des ménages et bridant leur consommation. Parallèlement, la Chine a achevé son rattrapage en infrastructures : routes, lignes ferroviaires, ponts et aéroports couvrent déjà le territoire. La rentabilité marginale des investissements chute, tandis que la dette publique limite désormais les plans de relance. Les besoins liés à l’urbanisation se tassent aussi le pays atteignant les standards occidentaux. C’est bien toute la construction qui est plombée.
Le contrôle des capitaux comme frein à l’influence
Face à ces contraintes, Pékin revient à une vieille recette : miser sur sa puissance industrielle et ses exportations. Une stratégie qui alimente tensions et mesures de rétorsion, notamment de la part d’un Occident devenu beaucoup moins naïf. Dernier obstacle : le yuan. Même s’il gagne en importance dans le commerce international, il n’est pas près de détrôner le roi dollar. La raison est simple : la Chine ne souhaite pas perdre le contrôle de sa politique de change. Tant que les contrôles de capitaux resteront en place, cela limitera la liquidité et la convertibilité du yuan. Dire que la Chine ne pourra jamais devenir numéro un serait hasardeux. Mais être numéro un ne signifie pas seulement produire davantage : cela suppose d’imposer les règles du jeu financier, technologique et monétaire. Sur ces terrains, les États-Unis conservent une longueur d’avance.
Publié le vendredi 28 novembre 2025 .
3 min. 51
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