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Que les gros – très gros salaires – lèvent le doigt ! L’Insee vient de braquer ses projecteurs sur cette poignée de privilégiés qui alimente fantasmes, fascination… et parfois colère. Contrairement au niveau de vie, influencé par la composition du ménage, le salaire constitue un marqueur strictement personnel, d’une grande sensibilité, chacun ayant sa propre sensibilité quant à ce qu’il estime être la juste rémunération de son travail… et celui des autres. Voici ce que révèle l’étude, condensé en cinq points clés.

Plus de 10 000 euros nets par mois

Premier constat : le très haut salaire commence très haut. Il faut toucher au moins 10 219 euros nets par mois pour entrer dans le club des 1% les mieux rémunérés. Cela concerne environ 235 000 personnes. Plus haut encore, le top 0,1% dépasse 27 000 euros mensuels et le top 100 franchit 310 000 euros. Ce montant représente 143 fois le salaire médian et 230 fois le Smic. Une personne au Smic doit ainsi travailler près de vingt ans pour cumuler l’équivalent d’un mois de salaire d’un membre du top 100 — et encore, de celui en bas de l’échelle. Mais il y a une autre information à tirer de ce premier point : au sein des plus aisés, les inégalités sont énormes.

Une ultra-concentration dans quelques métiers

Deuxième enseignement : quelques métiers et secteurs concentrent l’essentiel des rémunérations. Les directions d’entreprise, cadres à responsabilités stratégiques et experts à très haute valeur ajoutée (administratif, commercial, ingénierie, finance) dominent le top 1%. Mais, tout en haut, ce sont les sportifs professionnels (des footballeurs pour l’essentiel) qui affichent l’hypertrophie la plus spectaculaire : 36 sur les 100 premiers, alors qu’en arrondissant, ils représentent… 0% des salariés ! Les banquiers d’affaires et cadres de marchés financiers, bien que minoritaires en nombre, pèsent eux aussi fortement.

Une élite salariale très masculine et très concentrée

Troisième leçon : plus on grimpe dans l’échelle salariale, plus la hiérarchie se masculinise. Les hommes sont massivement surreprésentés parmi les rémunérations extrêmes, révélant en creux les difficultés persistantes d’accès des femmes aux responsabilités. Plafond de verre, interruptions de carrière, moindre progression : les très hauts salaires sont fortement genrés. D’autres filtres affinent le portrait : surreprésentation des quinquagénaires et des Franciliens. Près de la moitié des très hauts salaires se concentrent à Paris et dans les Hauts-de-Seine, là où se trouvent nombre de sièges sociaux (quasiment l’intégralité du CAC 40) et les services financiers. L’accès au sommet apparaît aussi moins comme une ascension fulgurante que comme le couronnement d’une longue carrière.

Dans cette logique, émerge un quatrième trait marquant : le club des plus hauts revenus est un club très fermé. Neuf salariés sur dix appartenant au top 1% figuraient déjà dans le top 10% quinze ans plus tôt. L’entrée est verrouillée, et une fois au sommet… on y reste. Et, si la volatilité des rémunérations, liée aux primes, bonus ou rémunérations variables, est forte, elle modifie peu la place dans la hiérarchie : un choc de revenu ne rime pas avec déclassement.

Une domination durable et qui se renforce au sommet

Enfin, dernier résultat : la concentration durable de la masse salariale au sommet. Depuis la fin des années 1980, le top 1% capte une part stable d’environ 7% de la masse salariale. Cependant, au sein même de ce groupe, le top 0,1% voit sa part progresser, et ceux qui gagnent le plus aujourd’hui sont le plus souvent ceux qui avaient déjà cumulé les plus hauts revenus la décennie précédente. En clair, les très hauts salaires ne sont pas seulement élevés : ils sont durables. Ils s’éloignent aussi toujours davantage du reste du salariat.


Publié le vendredi 12 décembre 2025 . 4 min. 08

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