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Côté pile, une bonne nouvelle, l’espérance de vie augmente. Côté face, c’est un véritable casse-tête pour les personnes en charge des régimes des retraites par répartition. Selon, les différents scénarios de croissance retenus par le Conseil d’Orientation des Retraites, il manquera en 2025 entre 8 et 9 Md€ environ pour assurer l’équilibre du système de retraite pris dans sa globalité et de 8 à 14 Md€ en 2030, l’équivalent de 0,5% du PIB.

Au-delà des virulentes critiques faites pas certains sur le choix de certaines hypothèses, principalement sur les ressources affectées au système, il existe un point de convergence : la baisse du nombre de cotisants par rapport au nombre de retraités — passé de plus de 3 pour 1 au milieu des années 70, à 2 au milieu des années 2000 pour tomber à 1,7 aujourd’hui — pause un sérieux problème d’équilibre. D’autant plus que les projections, quelles que soient les circonstances, prolongent la tendance si rien ne bouge. La solution s’impose donc d’elle-même : il faut encore augmenter l’âge de la retraite pour inverser la vapeur. CQFD.

Agir sur les variables démographiques

Ce rapport cotisant-retraité dépend principalement de 3 variables démographiques — fécondité, espérance de vie, immigration — mais aussi des comportements d’activité à tous les âges et en partie du taux de chômage. Une population plus jeune permettrait d’augmenter le nombre d’actifs, donc de cotisants, par rapport à celui des retraités. Les hypothèses démographiques retenues par le COR dans ses travaux sont celles de l’INSEE (2016) et courent jusqu’en 2070.

• Elles reposent tout d’abord sur un indice conjoncturel de fécondité qui dans le scénario central est de 1,95 enfant par femme, avec des fourchettes basses et hautes de 1,8 et 2,1 enfants. Or la fécondité observée est en recul depuis quatre ans, se situant davantage sur le sentier bas de la fourchette. Dans les faits, la fécondité ne permet donc pas le renouvellement des générations.
• Autre hypothèse, celle du solde migratoire. Fixés à 70 000 personnes dans le scénario central, les dernières observations sont assez proches quoique légèrement inférieures avec 58 000 individus depuis trois ans.
• Quant à l’espérance de vie instantanée à 60 ans, elle continue de s’élever, plutôt moins rapidement que prévue du côté des femmes mais plutôt plus rapidement du côté des hommes.

Si la question est de savoir si les naissances et l’immigration peuvent sauver le système de retraites dans l’absolue : oui. Mais cela n’en prend pas le chemin d’autant que la politique familiale ne semble pas une priorité.

Des taux d’activité et d’emploi trop faibles

Repousser l'âge de la retraite, et augmenter ainsi le rapport cotisants / retraités, apparaît donc en première analyse comme le meilleur instrument pour équilibrer le système de retraite dès lors que l’on ne veut ni augmenter les cotisations (en raison du ras-le-bol fiscal) ni trop couper dans les pensions au risque sinon de paupériser une partie de la population dont le poids électoral s’accroît. Le problème, dans le cas français, c’est que travailler plus longtemps est loin de produire les effets mécaniques attendus sur le volume global de travail et de cotisations.

Il faut d’abord s’attarder sur le taux d'activité soit le rapport entre le nombre d'actifs (actifs occupés et chômeurs) à l'ensemble de la population correspondante. Le numérateur intègre donc ceux qui travaillent et ceux qui voudraient travailler. Avec un taux de 71,6% en moyenne au 2ème trimestre 2019, la France se situe deux points en dessous de la moyenne de la zone euro. Cet écart se construit aux valeurs extrêmes, énormément chez les jeunes, car l’emploi étudiant est moins développé ici que dans le reste de l’Europe, (mais leur contribution au financement des retraites est minime) et de façon plus marginale chez les seniors en raison d’un départ à la retraite plus précoce.

L’analyse du taux d’emploi, c’est-à-dire le nombre de personnes disposants effectivement d’un emploi sur le nombre de personnes en âge de travailler fait passer la France dans une autre sphère. L’écart monte à 3 points et il se creuse rapidement. En creux, bien évidemment, c’est la déficience du marché du travail qui est en cause et un taux de chômage des plus de 60 ans passé de 4,2% en 2012 à 7,5% en 2018. La réforme des retraites de Hollande avec l’allongement des annuités c’est notamment traduit par une hausse du taux de chômage dans les tranches d’âges les plus élevées.

Faute d’influer sur les variables démographiques et sur les taux d’activité et d’emploi qui seraient les choix les moins douloureux, les différents gouvernements ont choisi le paramètre de l’âge de départ en retraite, un choix qui jusqu’ici n’a pas démontré toute son efficacité.


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