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Y a-t-il vraiment un risque de choc sur l'assurance-vie ?

Publié le mardi 8 novembre 2016 . 4 min. 07

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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi

 

Et si l‘assurance-vie devenait un gigantesque piège. Un piège en train de se refermer sur ceux qui pensaient avoir sécurisé leur épargne et leur retraite. L’hypothèse n’est pas si absurde comme le suggère un amendement de la loi Sapin 2. L’article 21 bis, envisage en cas de crise, la possibilité de « suspendre, retarder ou limiter temporairement, pour tout ou partie du portefeuille, le paiement des valeurs de rachat, la faculté d’arbitrages ou le versement d’avances sur contrat ».


En clair, le versement des primes serait gelé et il serait impossible de sortir de son contrat pour récupérer sa mise. Temporairement certes, mais il y a du temporaire qui dure. Dans ce cas précis, 3 mois renouvelables décrétés par le Haut Conseil de Stabilité Financière. En fait, deux risques sont clairement pointés : 1- la poursuite sur une longue période des taux bas, voire négatifs sur les obligations d’Etat. 2-leur remontée brutale.


Pour bien comprendre, revenons sur certains fondamentaux de l’assurance-vie.


L’écrasante majorité des contrats sont des contrats en euros qui offrent ce triple avantage : rentabilité, disponibilité, garantie en capital. Pour des raisons de prudence et de contraintes de solvabilité, les assureurs ont donc historiquement surtout composé avec les emprunts d’Etat et les obligations d’entreprises privées. Pour faire court, disons que le rendement de l’assurance-vie suit de près l’évolution des taux d’intérêt obligataires.


Or, les taux baissent depuis plusieurs années maintenant. Pour les emprunts d’Etat à 10 ans, le plancher du zéro se rapproche, c’est pire en Allemagne où les taux sont négatifs. Autant dire que ces niveaux ne sont tout simplement pas assez élevés pour payer les salaires et les frais de structures des assureurs. Et pourtant, même en baisse, le rendement moyen de l’assurance vie aura encore été proche de 2% cette année, c’est imbattable pour un placement sans risque et liquide.


C’est imbattable mais c’est dangereux. Pour réussir ce tour de passe-passe, les assureurs jouent un peu avec le feu : c’est vrai, ils ont en stock des bons du Trésor émis il y a plusieurs années avec des taux d’intérêt bien plus élevés qu’aujourd’hui, mais ces stocks s’épuisent et la baisse actuelle des rendements ne le traduit que très partiellement, même si d’autres placements comme l’immobilier sont plus rémunérateurs.


Les assureurs profitent aussi de la baisse des taux pour faire des plus-values sur leurs titres anciens (c’est mécanique quand les taux d'intérêt baissent, les titres déjà émis voient mécaniquement leur valeur augmenter) et entretiennent artificiellement les rendements. Sur un marché ultra-concurrentiel, malheur à celui qui annoncera le premier une trop forte baisse de ses rendements.


Pour faire bref, les assureurs puisent trop dans leurs stocks pour entretenir l’illusion des rendements de l’assurance-vie. Le message envoyé au marché n’est donc pas le bon. Le risque, c’est que la collecte se dirige encore trop vers ce type de placement, contraignant les compagnies d’assurances à investir dans des obligations qui ne rapportent plus rien ou presque. Et plus cela dure, plus le choc sera rude. 


Imaginons maintenant une brutale remontée des taux. Les assureurs seraient alors coincés par l’achat massif d’obligations au rendement nul ou presque. Les rendements servis seraient décevants vis-à-vis d’autres placements devenus plus rémunérateurs. Les épargnants se désengageraient massivement forçant les compagnies d’assurance à vendre des obligations à la casse pour assurer la liquidité. Le hic c’est qu’avec près de 1 600 milliards d’euros d’encours (c’est-à-dire le montant des sommes versées par les clients), il n’y aurait pas assez d’argent pour rembourser tout le monde. Le risque deviendrait alors systémique.


La remontée brutale des taux n’est pas notre scénario, de même l’histoire montre que les souscripteurs ne zappent pas aussi facilement d’un support à un autre pour profiter des écarts de rendement, mais cela n’empêche pas au modèle de l’assurance-vie d’être terriblement sous pression.

 

Alexandre Mirlicourtois, Y a-t-il vraiment un risque de choc sur l'assurance-vie ?, une vidéo Xerfi Canal TV


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