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La reproduction sociale des élites se poursuit… et seules des politiques bien plus volontaristes pourraient changer les choses. C’est le message que l’on retient de l’étude publiée en janvier 2021 par l’Institut des politiques publiques intitulée « Quelle démocratisation des grandes écoles depuis le milieu des années 2000 ? ». Tout part d’une analyse de données administratives jusqu’ici sous-exploitées sur l’origine sociale et géographique des étudiants des grandes écoles, leur genre et leur parcours scolaire depuis la 3e. Impossible ici d’être exhaustif tant les données sont d’une richesse incroyable et je me contenterai d’évoquer les quatre messages clés.


D’abord, le portrait-robot d’un étudiant de grande école est fidèle à sa caricature. C’est un garçon de la région parisienne avec un bac scientifique en poche. S’il est élève de Polytechnique, HEC et Normal Sup, il a de forte chance d’avoir préparé son bac dans un lycée situé à Paris intra-muros : ces bacheliers représentaient un quart des effectifs de ces trois écoles en 2016. L’étudiant-type vient aussi d’un milieu très favorisé (sociologiquement parlant), ses parents étant chefs d’entreprise, cadres, ingénieurs, exerçant une profession libérale ou encore professeur. C’était vrai dans 64% des cas en 2016 alors que la part des élèves de milieux très favorisés tombe à 23% dans la population des jeunes de 20 à 24 ans.


La démocratisation des grandes écoles reste un vœu pieux. Le recrutement n’a que peu évolué entre 2006 et 2016 : les élèves franciliens sont surreprésentés, avec une mention spéciale pour les élèves de Paris. Les filles demeurent sous-représentées avec toutefois de grandes différences selon les établissements : dans les écoles de commerce, la parité est parfaite. Et si l’ouverture aux milieux défavorisés se décèle dans les chiffres, elle se révèle bien modeste alors que les effectifs des niveaux bac+3 à 5 dans les grandes écoles ont explosé pour équilibrer leurs finances. Dans les établissements les plus prestigieux, les élèves de milieux défavorisés représentaient 8% des effectifs de l’IEP Paris en 2016, en hausse de 2 points en 10 ans, 7% des effectifs l’ENS Ulm (+3 points), 3% pour HEC (+1 point) et 0 pointé pour l’X qui régresse. Bref, la mixité sociale a du mal à prendre corps dans nos grandes écoles en dépit de la diminution des inégalités sociales d’accès aux formations universitaires et des innombrables dispositifs d’ouverture sociale (que le rapport égratigne d’ailleurs au passage).


Ces inégalités d’accès se jouent en amont des grandes écoles…


• … en classe prépa et dans les écoles post-bac des IEP et des écoles de commerce et d’ingénieurs à travers les formations bachelors. Le rapport décèle déjà à ce stade 1) des inégalités sociales car les élèves de milieux très favorisés y sont surreprésentés ; 2) des inégalités de genre ; par exemple les filles totalisent seulement un tiers des effectifs des classes prépa scientifiques alors qu’elles pèsent pour 55% des effectifs des deux premières années du supérieur ; 3) inégalités aussi entre parisiens et non franciliens.
• Les inégalités d’accès aux prépas puis aux grandes écoles se jouent même avant le bac avec les écarts de performance scolaire au collège en classe de 3e. Mais ce facteur n’explique pas tout ! Les inégalités sociales, de genre et territoriales déterminent aussi fortement les trajectoires scolaires. Une donnée de l’étude résume toute la substance du rapport : à performance scolaire comparable, un élève en 3e en 2005 issu d’un milieu très favorisé avait 10 fois plus de chance d’accéder à une grande école que les élèves de catégories sociales défavorisées.


Comme le rappelle l’étude de l’IPP, les causes profondes de ces déterminismes sociaux ont trois origines sur lesquelles les politiques publiques peuvent agir : 1) l’influence de l’environnement familial et scolaire sur les choix d’orientation, 2) l’information dont dispose les élèves et leurs familles avec des phénomènes d’autocensure et de conformité social dans les milieux défavorisés, 3) et puis les différentes contraintes, notamment financières, pour partir de sa région et se loger dans des grandes métropoles comme à Paris où l’immobilier est cher. Et l’on se dit, à la lecture de ce rapport, que la crise sanitaire et économique va exacerber toutes ces inégalités et renforcer encore davantage l’entre-soi au sein des grandes écoles.


Pour en savoir plus : https://www.ipp.eu/actualites/rapport-note-ipp-quelle-democratisation-des-grandes-ecoles-depuis-le-milieu-des-annees-2000/


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