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Un changement radical s’est opéré dans l’univers lucratif des business schools. Longtemps critiquées pour former les fantassins du capitalisme, elles se présentent désormais comme les laboratoires d’un business responsable, avant-gardiste et soucieux du bien commun.

Sous la pression des accréditations et des classements, nombre d’enseignants-chercheurs universitaires en sont devenus les promoteurs attitrés. Leur objectif ? Dépasser la seule logique gestionnaire et inciter les étudiants à devenir des acteurs éclairés en faveur d’un monde meilleur. Mais de quelle nature est cet éclairage présenté comme salutaire pour l’humanité ?

À HEC Paris, le Society and Organizations Institute mobilise plus de 60 chercheurs et collaborateurs pour inventer de nouveaux modèles d’affaires intégrant à la fois les enjeux climatiques, l’inclusion et la justice sociale.

À l’EDHEC, l’offre pédagogique consacre une place significative au soutien de projets conciliant performance économique, sociale et environnementale, dans une logique à la fois mesurable et rentable

Et Excelia Business School propose un Blue Education Passport, en complément du diplôme Master, centré sur la thématique de l’eau comme vecteur de transition écologique et sociale.

Ces exemples montrent bien que, indépendamment de leur standing, les business schools ont franchi le même cap, sans que l’on sache vraiment quels intérêts sont servis en priorité ? Ceux des académiques soucieux d’apporter une contribution originale à la connaissance ? Ceux d’une direction soucieuse  de rester en phase avec son époque pour préserver l’attractivité de ses formations ? Ou encore ceux de la société et de la planète confrontées à de nouveaux challenges géopolitiques, écologiques et technologiques ?

Mais surtout, offrent-elles aux étudiants la liberté de choisir leur horizon d’engagement ou imposent-elles une version unique de l’histoire du futur ? Car si une seule version s’impose, l’engagement peut rapidement prendre une tournure idéologique tant la complexité des sujets abordés divise les scientifiques et les politiques.

On serait alors en droit d’attendre une transparence absolue quant aux hypothèses de départ, aux valeurs privilégiées et aux choix de société implicites. Former à la durabilité et à la responsabilité ne consiste pas seulement à transmettre des savoirs appliqués, mais à développer une capacité de raisonnement critique permettant aux étudiants de débattre en conscience entre une variété d’options possibles.

De fait, la convergence des discours portés par ces écoles interpelle. Les thèmes de durabilité, d’inclusion et d’innovation sociale sont brandis comme des étendards, comme si la pluralité des voies possibles après ce changement de cap s’était réduite à une seule route balisée.

Pourtant, les enjeux sont immenses et les visions du monde multiples. Michel Serres rappelait que l’écologie est « la science des relations et des interactions », la plus complexe qui soit puisqu’elle mobilise les sciences dures, les sciences humaines, la technique ainsi que la morale.

Une telle complexité devrait inviter à la modestie académique plutôt qu’à la rhétorique des proclamations institutionnelles. Les écoles gagneraient à assumer davantage leurs différences, à rendre explicites leurs choix de valeurs et à offrir aux étudiants l’espace critique nécessaire pour en débattre. Former pour l’emploi est une nécessité. Éduquer à la responsabilité est un impératif. Mais éclairer sans masquer la dimension politique de l’engagement : voilà une exigence vraiment responsable.


Publié le vendredi 12 décembre 2025 . 3 min. 55

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