La France est championne des dépenses publiques. Oui, mais ce n’est pas forcément en soi un problème.
L’économie française n’est pas étatisée
Tout d'abord, le fait que les dépenses publiques pèsent 57 % du PIB, ne signifie pas que l’économie française est étatisée. 24 % du PIB sert à faire fonctionner l’Etat et cette part est stable depuis des décennies. La France reste donc pour plus des trois quarts une économie privée et marchande. La grande majorité des dépenses publiques consiste en effet en de l’argent prélevé d’un côté et redistribué de l’autre, donc réintroduit dans le circuit de l’économie privée.
Des compromis sociaux différents
Le niveau des dépenses publiques dépend par ailleurs des compromis sur la prise en charge publique ou privée de telle ou telle fonction. Dans les pays où cette part est significativement moindre, les salariés doivent généralement se couvrir par eux-mêmes pour la maladie ou la retraite.
S’en portent-ils mieux ? Pas vraiment. Les assurances maladie privées coûtent très cher comme on le voit en particulier aux Etats Unis. Elles engendrent des inégalités formidables et des situations inhumaines avec des malades ruinés après une thérapie. Quant à la retraite, placer son épargne sur les marchés financiers est une loterie extrêmement risquée. Peu nombreux sont ceux qui s'en sortent mieux qu'avec une bonne vieille retraite par répartition.
Protection sociale universelle versus filet de sécurité pour les pauvres
Si les dépenses publiques sont élevées chez nous c'est aussi parce que nous avons des systèmes sociaux qui couvrent tout le monde y compris les riches. Alors que les anglo-saxons n’ont que des filets de sécurité pour les pauvres.
Si on veut que les pauvres bénéficient d’une couverture sociale de qualité, il faut cependant qu’elle serve aussi aux riches. Une protection sociale réservée aux pauvres, c'est toujours une protection sociale pauvre, parce que les riches ne veulent pas la payer. On en a un exemple en France avec le Revenu de Solidarité Active (RSA). Malgré son niveau très bas et son coût global limité, cette prestation fait sans cesse l’objet de restrictions supplémentaires. En généralisant ce modèle, on pourrait abaisser les dépenses publiques mais les riches ne s’en porteraient pas mieux parce qu’ils devraient payer plus cher des assurances privées et les pauvres seraient maltraités. Personne n’y gagnerait vraiment.
Les dépenses publiques contre les inégalités territoriales
Enfin en France l'égalité est centrale depuis la Révolution française. Mais notre pays est aussi un des plus déséquilibrés après des centaines d'années de centralisation à Paris. De ce fait, les dépenses publiques sont indispensables pour éviter que le pays explose à cause des inégalités territoriales. C'est la raison pour laquelle l’opposition promet souvent de diminuer les dépenses publiques mais, arrivée au pouvoir, elle ne le fait jamais.
Du fait de la faiblesse historique du mouvement syndical, la France est aussi un pays où les inégalités de revenus primaires, avant redistribution, sont les plus élevées, analogues au Royaume-Uni et aux États-Unis. Grâce à la redistribution, nous revenons dans la moyenne. Mais si on devait diminuer significativement cette redistribution, la société exploserait. Il vaudrait mieux avoir moins d’inégalités territoriales et de revenus primaires et parallèlement moins de redistribution mais on ne peut pas revenir en arrière sur des siècles d’histoire...
Améliorer l’efficacité de l’action publique
Bref, le haut niveau de dépenses publiques françaises n’est guère en lui-même un problème. Cela ne dispense évidemment pas d’examiner attentivement chacune de ces dépenses pour chasser gaspillages et inefficacités ni de réformer les structures de l’Etat pour les adapter à un contexte en mutation rapide.
Publié le lundi 10 novembre 2025 .
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de Guillaume Duval
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