A l’origine de la crise que le pays traverse, on trouve notamment la smicardisation massive du salariat. Pour inverser la tendance, il faut revenir progressivement sur les exonérations de cotisations au niveau du SMIC.
La France, un des pays les plus smicardisés d’Europe
Derrière la Grèce et le Portugal, la France est le pays de l’UE où les salaires sont le plus concentrés dans le bas de l’échelle. La moitié des français gagne entre un SMIC et un SMIC et demi, 1 800 à 2 700 euros bruts. Ce mouvement s'est accéléré depuis dix ans bien que le SMIC français ait moins augmenté que tous les autres.
Au départ les cotisations sociales étaient plafonnées
Cette dynamique est due à la volonté d’exonérer toujours plus de cotisations les salaires situés à proximité du SMIC.
Dans l’immédiat après-guerre, on ne percevait plus de cotisations au-delà du « plafond de la Sécurité Sociale » (3 925 euros actuellement). Cette logique n’était pas absurde : la maladie d’un cadre supérieur ne coûte pas plus cher que celle d’un Smicard. Au cours des années 1970 et 1980 on a cependant déplafonné ces cotisations pour financer la protection sociale dans un contexte de ralentissement économique. Et au tournant des années 1990, les cotisations étaient proportionnelles aux salaires.
Exonérer toujours plus le SMIC de cotisations
C’est à ce moment qu’on a commencé à exonérer toujours plus de cotisations les salaires à proximité du SMIC. Aujourd’hui, avec un SMIC à 1802 €, les entreprises paient 76 € de cotisations patronales soit 4,2 %. Mais pour deux SMIC, l’entreprise doit acquitter 1283 € de cotisations patronales, 17 fois plus.
Cette politique aboutit à rendre le système social et fiscal français plus progressif qu’on ne le dit : ce sont les cotisations et les impôts des cadres qui paient l’assurance maladie des smicards.
Des effets pervers massifs
Mais cette politique a eu parallèlement des effets très négatifs.
Ce sont surtout des jeunes qualifiés qui ont occupé ces nombreux emplois de Smicards. Pendant que les gouvernements misaient en priorité sur l’emploi à bas salaire, ils poussaient aussi parallèlement à faire davantage d’études. Deux politiques contradictoires qui suscitent une profonde frustration.
L’effet de « trappe à bas salaire »
De plus, quand on augmente un smicard de 10%, les cotisations patronales triplent et le coût du travail augmente de 18 %. Dissuasif. Les Smicards le restent, c'est ce qu'on appelle la "trappe à bas salaires". Du coup, la France compte désormais davantage de travailleurs pauvres que la moyenne européenne.
L’industrie subventionne les services
Par ailleurs l'industrie (où les salaires excèdent le plus souvent le SMIC) doit subventionner les services, protégés de la concurrence internationale, où se concentrent les Smicards. Cette politique contribue à la désindustrialisation avait déjà pointé Louis Gallois en 2012. Mais depuis on est allé encore plus loin.
Aucun avantage pour l’économie française
La France a été un des pays européens où le coût du travail a le moins augmenté depuis 25 ans, moins qu’en Allemagne, en Italie ou en Espagne et moins que dans la moyenne de l’Union. Sans aucun effet positif. Au contraire : les pertes de cotisations ont mis la pression sur les budgets de l’éducation et de la recherche, de la santé, de l’environnement, de la justice… bref sur la production de tous les biens publics indispensables pour que les entreprises fassent du profit.
Il y a urgence à changer de politique.
Publié le mardi 28 octobre 2025 .
4 min. 27
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de Guillaume Duval
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