Dans les débats autour du budget, on entend souvent dire que seules les entreprises créent de la richesse et qu'en prélevant une part trop grande de cette richesse pour la redistribuer, l’Etat les empêchent d'innover et d'investir. Mais en réalité les choses ne se passent pas ainsi.
Les entreprises ont besoin d’un environnement de qualité pour se développer
Si un pays ne dispose pas de bonnes infrastructures de transport et de communication, de logements à un prix abordable, d’un environnement sain, d’un système judiciaire qui garantit la sécurité des contrats, de la sécurité physique dans les villes et sur les routes, d’un système éducatif qui forme bien les futurs salariés, d’un enseignement supérieur et une recherche publique au top sur la frontière technologique, d’un système de santé qui soigne correctement et à un coût raisonnable les travailleurs... les entreprises privées ne peuvent pas produire des richesses dans de bonnes conditions.
Il faut de plus en plus de biens publics pour que les entreprises fassent du profit
Dans des sociétés complexes et fragiles comme les nôtres où la division du travail devient de plus en plus poussée, les entreprises doivent disposer de plus en plus de biens publics dans leur environnement pour pouvoir innover et faire des profits. Et seule la puissance publique peut assurer qu’ils soient bien présents partout. Si, en baissant les dépenses publiques, on dégrade ces infrastructures collectives, au lieu de doper l'activité économique, on la handicape.
La baisse des prélèvements dégrade les infrastructures collectives
C'est la difficulté que nous rencontrons depuis que priorité a été donnée à une baisse importante des prélèvements opérés sur les entreprises : de ce fait une forte pression s’est exercée sur les systèmes éducatifs et de santé, ou encore sur l’enseignement supérieur et la recherche dont la qualité s’est dégradée. Et du coup, la baisse des prélèvements sur les entreprises n'a pas eu l’effet positif escompté. L’innovation n’a pas vraiment redémarré, les comptes extérieurs sont restés dans le rouge, la production industrielle a stagné tandis que les déficits publics se sont creusés. La dégradation des infrastructures collectives a contrebalancé l’amélioration de la compétitivité-coût des entreprises.
Optimum individuel versus collectif : un problème classique de théorie des jeux
Chaque patron pris individuellement se dit, légitimement, que si son entreprise paie moins d'impôts, il pourra investir et innover davantage. Mais ce qui est vrai pour chaque entreprise isolément ne l'est pas pour la collectivité des entreprises parce qu’une telle baisse entraîne nécessairement des conséquences négatives pour les infrastructures collectives qui leur permettent de faire des affaires et du profit. C'est un problème classique de théorie des jeux : la somme des optimums individuels ne correspond pas à l'optimum collectif.
Pour faire le bien des entreprises, il faut parfois aller contre l’avis de leurs patrons
En fait si on veut vraiment aider les entreprises et accroître leurs profits, il vaut mieux ne pas toujours écouter leurs patrons : ils savent rarement reconnaître et exprimer ce qu'est réellement leur intérêt collectif. On l'avait d’ailleurs constaté déjà pendant les Trente Glorieuses : après la seconde guerre mondiale, grâce au renforcement des droits des salariés, à la mise en place du SMIC et de la protection sociale et à une fiscalité très progressive, toutes mesures que les chefs d’entreprises avaient toujours vigoureusement combattues, le pays, et ses entreprises, avaient connu un redressement spectaculaire...
Publié le lundi 24 novembre 2025 .
3 min. 58
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