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L'orgueil industriel allemand : la preuve

Publié le mardi 6 novembre 2012 . 4 min. 21

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Xerfi Canal présente l'analyse de Jean-Michel Quatrepoint, journaliste-essayiste

Pour ceux qui avaient encore quelques illusions sur la coopération, d’égal à égal, entre la France et l’Allemagne dans l’industrie, le « nein » d’Angela Merkel au projet de fusion entre EADS et BAE devrait résonner comme un avertissement. 
Si Berlin a dit non, c’est tout simplement parce qu’une telle fusion ne correspond pas à ses ambitions, avouées comme inavouées, dans le secteur aéronautique. Et les Français devraient comprendre, une bonne fois pour toutes, que l’Allemagne, sa classe politique et ses groupes industriels,ont, eux, une véritable stratégie. L’industrie c’est eux…
Airbus et Eurocopter ont été les moyens pour l’Allemagne, il y a de cela quarante ans, de revenir dans un secteur que la défaite de 1945 l’avait contrainte d’abandonner. Pendant des décennies, elle s’est mise dans le sillage de la France, qui apportait ses technologies, son savoir-faire, sa recherche. L’Allemagne, elle, finançant largement le développement des nouveaux appareils. Peu à peu, elle a récupéré des usines, des heures de travail, un savoir-faire. Son modèle mercantiliste la poussant à localiser sur son territoire le maximum de valeur. 
Elle l’a fait avec une fausse bonne conscience, car les Français ont pu lui donner l’impression, il y a une douzaine d’années, de lui reconnaître une sorte de droit d’aînesse dans l’aéronautique. En acceptant, lors de la constitution d’EADS, la parité entre la France et l’Allemagne, alors que les évaluations d’actifs étaient à l’avantage de la France (60% /40%), le gouvernement d’alors a cru, de bonne foi et naïvement, que ce cadeau nous vaudrait la reconnaissance de notre partenaire. C’est tout le contraire qui s’est produit. L’Allemagne a pensé qu’à terme, la France la laisserait récupérer peu à peu le leadership industriel. 
Force est de constater que la désindustrialisation accélérée de notre pays, alors que l’Allemagne, elle, faisait de l’industrie son cheval de bataille, a été dans le sens de cette interprétation. Une interprétation que le comportement désinvolte d’Arnaud Lagardère, représentant l’actionnariat français, n’a fait que renforcer. 
Avec l’arrivée programmée de Tom Enders, en remplacement de Louis Gallois, à la tête d’EADS, la messe aurait dû être dite. Mais voilà. L’homme s’est pris au jeu. Il a voulu faire passer les intérêts du groupe, avant ceux de son pays d’origine. Cela a commencé, lorsque de manière rationnelle, ce manager a voulu transférer le siège social partagé entre Munich et Paris, à Toulouse. Toulouse, dont il avait pu apprécier les compétences, en particulier par rapport à l’usine de Hambourg, responsable pour partie des retards de l’A380. 
De même, Tom Enders et le management d’EADS ont voulu construire un vrai pôle de défense. 
Il y a quelques années, Louis Gallois, qui avait la même préoccupation, avait tenté d’opérer un rapprochement avec Thalès. C’était logique. Nicolas Sarkozy, sous la pression, à la fois de Dassault et vraisemblablement de Berlin, bloqua l’opération. C’est bien dommage. Tom Enders a repris la même idée, cette fois avec BAE, qui lui aurait apporté les compétences, et surtout les marchés, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. 
Ces marchés militaires que EADS n’a pas pu trouver en Allemagne. Car, hormis les chars Léopard et les sous-marins, produits purement allemands, Berlin n’a pas de stratégie de conquête pour son industrie militaire. Et ne voit pas l’intérêt qu’EADS se renforce dans le Défense. En outre ,l’accord avec BAE aurait déplacé le centre de gravité du groupe. L’actionnariat aurait été dilué. EADS serait devenue une multinationale à l’anglo-saxonne. 
Pour Angela Merkel, c’en était trop. Surtout à un an des élections législatives. Pour un peu, Tom Enders serait considéré comme un traître au concept du « Standhort Deutschland ». Son projet aurait rendu impossible la réalisation du rêve allemand, qui est bel et bien de mettre la main sur Airbus. 
Pour Angela Merkelcette main mise va de soi. Lors de son dernier voyage en Chine, en septembre, elle n’a cessé de vanter et de vendre Airbus, symbole du savoir-faire et de la qualité allemande, Elle n’a jamais cité la France. Dans le couple franco-allemand, c’est bien elle qui entend porter la culotte. 

Jean-Michel Quatrepoint, L’orgueil industriel allemand : la preuve, une vidéo Xerfi Canal


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