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Le débat caché en zone euro : l'impact de la chute démographique

Publié le vendredi 17 mai 2019 . 5 min. 58

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La démographie : un paramètre-socle de la production et de la demande. Sa trajectoire imprime sa marque sur longue période. Les changements de régime en la matière ont un impact économique lourd, souvent déstabilisant, et l’Europe est dans un de ces moments de son histoire.


Léger déclin en 2040-2050


La zone euro, prise globalement, c’est d’abord un espace qui est entrée depuis 2008 dans une zone de décélération de sa population, laquelle s’affirmera dans les deux décennies à venir pour virer au léger déclin à horizon 2040-2050. Derrière cela, il y a, on le sait, des fondamentaux de fécondité, qui n’assurent pas le renouvellement, autrement dit une croissance naturelle, hors immigration. Cela veut dire que le dynamisme du grand marché est plombé à la base. Et que les entreprises de la zone seront toujours plus enclines à rechercher leurs débouchés en dehors de l’espace européen.


Des effets puissants sur la consommation


C’est ensuite une zone dont la structure par âge se modifie profondément, de façon attendue. Mais maintenant on est dans le dur de cette recomposition. Avec une montée accélérée des classes en âge d’être en retraite. Un socle de jeunes en phase d’éducation relativement stable. Et avec pour pendant une forte rétraction de la part de la population en âge de travailler. Cette recomposition a d’abord un effet puissant sur la structure la consommation :


• une montée en puissance toujours plus affirmée des besoins liés à la santé et à la dépendance, ou encore des services liés à la personne. Des systèmes de production ancrés sur le territoire et relativement peu exportables ;
• une permanence des besoins en éducation ;
• une attrition des besoins d’équipement ou encore de construction propre à la population en âge de travailler.


Ce sont des tendances, déjà engagées, mais qui vont s’affirmer toujours plus et structurer l’offre. Avec un fort intérêt des secteurs du bâtiment par exemple à investir les champs de la rénovation, notamment énergétique.


Autres problématique commune au pays de la zone euro : une tendance au recul du réservoir de main-d’œuvre en âge de travailler qui pèsera négativement sur le PIB et intensifiera la question des pénuries sur le marché du travail. Et bien sûr, avec pour effet collatéral, une exacerbation de la question du financement de la dépendance, que l’on peut visualiser à travers le ratio des 15-64 ou 20-64 à la population senior, qui atteindra son paroxysme vers 2040-2050, mais dont la représentation en variation fait ressortir que l’accélération de l’histoire, c’est maintenant (entre 2018 et 2030 notamment).


Hétérogénéité des situations


Mais au-delà de cette histoire commune, la zone euro se trouve confrontée à la question de l’hétérogénéité des situations, qui risque de faire ressortir une fois de plus son incapacité à se coordonner. Cette hétérogénéité est déjà perceptible dans le taux de fécondité, variable décisive de l’accroissement naturel des populations. Avec les fondamentaux très détériorés du Sud de l’Europe, ceux des PECO aussi, dans et en dehors de la zone… L’Allemagne en position médiane, et la France en proue de l’Europe.


Sans passer en revue l’ensemble des grandeurs démographiques, cette hétérogénéité est manifeste lorsque l’on scrute la variation prévisible de la population en âge de travailler dans les 10 ans à venir. C’est dans les PECO que le recul sera le plus prononcé… Autrement dit, l’attrition du réservoir de main-d’œuvre allemande est aggravée par celui de son hinterland, lieu privilégié de sa sous-traitance. Le problème est aussi particulièrement aigu en Grèce ou au Portugal. Pour le bassin rhénan, la question des pénuries de qualification va devenir décisive. Pour la seconde, il y a là un facteur d’aggravation préoccupant de l’équation des retraites. Et il est clair que cet élément va jouer un rôle déterminant dans l’abord de la question migratoire. Sur ce point, les intérêts divergent.


Si l’on prête attention maintenant au ratio entre personnes en emploi (cotisants potentiels donc) et la population senior de plus de 65 ans (retraités potentiels), qui conditionne largement la solvabilité des systèmes de retraite, premier poste budgétaire, là encore l’hétérogénéité, comme les vitesses de dégradation varient fortement d’un pays à l’autre, ne créant pas le même stress budgétaire. Cet indicateur surligne l’intensité du problème dans le sud. Les pays du Nord et l’Allemagne ont su atténuer la contrainte en rehaussant leur taux d’emploi. La hausse de l’employabilité est ainsi cruciale pour éviter l’appauvrissement social su Sud… Mais c’est un objectif pratiquement inatteignable dans une Europe sans croissance. Encore plus inatteignable si le bassin rhénan siphonne les compétences du Sud.


Il ne s’agit là que d’un point de vue très parcellaire de l’enjeu, mais suffisant pour prendre conscience que l’Europe absorbe aujourd’hui un choc de premier ordre. Un choc asymétrique de surcroît, inégal selon les pays et qui exige plus que d’autre une stratégie commune. Etonnamment, cette question est totalement absente d’un débat européen, qui préfère tirer parti — sur un mode opportuniste — de la dimension anxiogène de l’enjeu migratoire.


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