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Les déficits américains vont-ils nous mener dans le mur ?

Enregistré le jeudi 6 mai 2021 . 5 min. 23

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Les États-Unis seraient-ils gagnés par l’ivresse des sommets en matière de dépenses publiques ? En cumul entre mars 2020 et mars 2021, les dépenses des administrations ont augmenté de 13,5 points de PIB sur un an. C’est considérable. Et les annonces se succèdent depuis janvier, déversant des tombereaux supplémentaires de dollars sur l’économie américaine : au total, ce sont près de 6 000 milliards de dollars de dépenses publiques qui ont été annoncées depuis l’arrivée du candidat démocrate à la Maison-Blanche. Soit l’équivalent de 28% du PIB américain : 1 900 milliards votés en mars, pour relancer la machine l’an prochain, auxquels s’ajoutent 2 250 milliards du grand plan en faveur des infrastructures et 1 800 milliards en faveur des familles.


Tout cela donne l’impression d’une démesure. Comment une économie qui injecte autant de liquidités sur les agents privés peut-elle échapper à la surchauffe et à la sortie de route en termes d’endettement ? Au quatrième trimestre, les titres émis par les administrations publiques américaines représentaient déjà 128 % du PIB. Et c’est sur cette base que les annonces se sont succédé.


Les recettes espérées sont très loin des sommes dépensées


Face à cela, Joe Biden a bien annoncé une hausse des impôts pour les ménages les plus riches et pour les entreprises profitables. Le taux maximal d’imposition devrait ainsi passer de 37 à 39,6% pour les 1% de foyers les plus riches ; le taux d’impôt sur les plus-values serait quasiment doublé, passant de 20 % à 39,6% pour les 0,3% des Américains les plus riches. Et un certain nombre de niches seront supprimées, notamment celle permettant aux associés de fonds spéculatifs d’échapper à l’impôt sur le revenu. Le plan Biden prévoit aussi de lutter contre la fraude et l’évasion fiscale. Côté entreprises, le taux de l’impôt sur les sociétés serait rehaussé de 21% à 28% et le taux minimum appliqué aux filiales étrangères des entreprises américaines de 10,5% à 21%. Tout cela pourrait rapporter 400 milliards de recettes supplémentaires à l’État par an. On est donc très loin des sommes annoncées en termes de dépenses.


Des dépenses étalées sur plusieurs années


Et pourtant, les marchés restent impavides. Les valeurs technologiques, premières visées par la réforme de l’impôt sur les sociétés demeurent accrochées à leur sommet. Et face au financement massif par la dette qui s’annonce, les taux longs se sont à peine tendus. Derrière cette étrange insouciance qu’y a-t-il ?


Il faut d’abord se pencher sur l’échéancier de ces dépenses, le plus souvent passé sous silence. La première enveloppe de 1 900 milliards d’aides aux ménages, aux entreprises et aux collectivités est celle qui a vocation à être dépensée le plus rapidement. 1 200 milliards, soit 63,3% de l’enveloppe sera injectée dans l’économie avant septembre 2021. 400 milliards seront dépensés entre septembre 2021 et septembre 2022, le reliquat de l’enveloppe s’étalant sur 9 ans. L’échéancier du plan d’investissement est de 8 ans, ce qui signifie en moyenne une impulsion de 290 milliards par an. Quant au plan en faveur des familles, qui pérennise entre autres une partie des soutiens du premier plan de relance, son coût est évalué sur 10 ans. Son impact est donc de 180 milliards par an. In fine, la démesure apparente des annonces n’est pas celle que l’on pourrait croire. L’impulsion véritable de ces trois programmes est plutôt de l’ordre de 6 à 7% du PIB en 2021, puis elle régresse graduellement pour éviter tout effet de stop-and-go. Au total, sur l’ensemble de la période, les dépenses publiques seront majorées de 2,5% du PIB.


Pour les USA, la Covid n’aura pas existé


De surcroît, seul le premier plan est financé par de la dette, sans hausse d’impôts. Les plans infrastructure et famille, soit 2/3 des dépenses, seront eux, intégralement financés par les hausses d’impôts que j’ai mentionnées plus haut, concentrées sur les plus riches, avec de très faibles retombées sur la consommation donc. Les États-Unis s’accordent en vérité 10 points de dette supplémentaires, ce qui ne les démarque pas des autres pays développés. Avec en contrepartie, une croissance 2021 qui pourrait voisiner 7%. Cela veut dire qu’en moyenne la croissance 2019-2020-2021 voisinerait 2%. Bref, la Covid n’a pas existé, quand l’activité des pays européens risque elle de ramer encore plusieurs années sous ses niveaux d’avant crise. Et le tremplin de croissance ainsi créé, renforcé par le rééquilibrage social en faveur des classes moyennes et la rénovation des infrastructures donne une chance aux États-Unis d’absorber dans les 10 ans leur surcroît de dettes, sans drame financier.


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