Nous avons tous connus des situations où des collègues s’insèrent dans des projets sans faire d’effort réel. Certes, ils ne sabotent rien ! Mais ils n’assument jamais les tâches critiques, ni les prises de risque. Ce sont des passagers clandestins. Comme les fraudeurs dans les transports, ils bénéficient du système sans en payer le prix. En entreprise, cela signifie tirer profit des résultats collectifs sans y participer à la hauteur des autres.
L’engagement, une mécanique conditionnelle
Le travail collaboratif repose sur une idée simple : chacun contribue parce qu’il pense que tout le monde joue le jeu, et que l’effort collectif sera gagnant-gagnant. Mais dès qu’un membre de l’équipe profite sans contribuer, ce contrat implicite est rompu. C’est le cœur de la théorie des biens publics développée par l’économiste américain Mancur Olson. Un bien (ou un service) est dit non-excluable quand on ne peut empêcher personne d’en bénéficier, même s’il ne participe pas. C’est le cas, par exemple, d’un appel d’offres remporté grâce au travail intense de quelques-uns, et ensuite d’une prime attribuée à l’équipe entière alors que la performance repose sur l’engagement constant quelques collaborateurs-clés. Et c’est précisément là que le passager clandestin s’installe.
Quand l’ambiguïté permet l’inaction
Plus les contributions individuelles sont floues, plus ces comportements parasites se propagent. Le passager clandestin évite les réunions complexes, refuse les tâches ingrates, ou d’affronter les situations tendues. Il s’efface dans le collectif, tout en cherchant à en récolter les bénéfices.
Les risques de réactions de l’équipe : exit, voice, loyalty
Le danger, c’est le risque de réactions négatives des autres membres de l’équipe. Le sociologue Albert Hirschman a identifié trois types de réactions quand un collaborateur perçoit un déséquilibre ou une injustice :
– Exit : il quitte l’organisation, lassé de compenser l’inaction d’autrui.
– Voice : il s’exprime, proteste, alerte la hiérarchie.
– Loyalty : il reste loyal, mais se démotive à petit feu.
Dans le cas d’un passager clandestin, chaque réaction, à sa manière, va affaiblir l’efficacité du travail d’équipe.
Le coût du silence managérial
Ne pas traiter ces situations pour ne pas faire de vagues revient à légitimer l’opportunisme. On décourage les plus engagés et on brouille les repères de performance. Le climat social n’est pas synonyme d’aveuglement managérial.
Clarifier, pas punir
Il ne s’agit cependant pas de traquer les individus, mais de rendre visibles les efforts, de clarifier les rôles, de structurer l’évaluation. La transparence est une condition de justice. Et la justice, une condition de la performance collective.
Publié le jeudi 11 septembre 2025 .
2 min. 46
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