De l'intelligence des données à l'expertise augmentée
Connexion
Accédez à votre espace personnel
Recevez nos dernières vidéos et actualités quotidiennementInscrivez-vous à notre newsletter
ÉCONOMIE
Décryptages éco Intelligence économique Intelligence sectorielle Libre-propos Parole d'auteur Graphiques Notes de lecture
STRATÉGIE & MANAGEMENT
Comprendre Stratégies & Management A propos du management Parole d'auteur
IQSOG
RUBRIQUES
Économie généraleFranceEurope, zone euroÉconomie mondiale Politique économique Emplois, travail, salairesConsommation, ménagesMatières premières Finance Géostratégie, géopolitique ComprendreManagement et RHStratégieMutation digitaleMarketingEntreprisesFinanceJuridiqueRecherche en gestionEnseignement, formation
NEWSLETTERS
QUI SOMMES-NOUS ?

Voir plus tard
Partager
Imprimer

Le mythe de l'abondance s’est ancré dans la culture occidentale par opposition à l’idée de pénurie. L'abondance est pour nous synonyme de quantité. D’où l’image d’un sauvage écrasé par son environnement, guetté par la famine et l’angoisse constante de procurer aux siens de quoi ne pas périr. Comme si l’économie de la subsistance n’était qu’une économie de la misère. Or penser qu’abondance rime nécessairement avec opulence est une vue de l’esprit. Il faut donc  se départir d’une représentation qu'a construit l'occident de son grand autre, à savoir d'une vie chaotique vouée à la subsistance et engoncée dans une économie de la rareté. Or c’est sur ce principe que s’est construit le moule productionniste qui structure notre vision de la richesse, du bien-être et des relations sociales. Comme l’a pensé L’anthropologue Marshall Salhins dans son ouvrage, Age de pierre, âge d’abondance il y a 50 and déjà, l'économie n’est pas seule capable d'assurer la reproduction de la société. Repenser l’abondance c’est d’abord remettre en cause le principe d'une économie fondée sur le principe de rareté et la figure de l'homo economicus qui lui est associée. Dans les sociétés primitives il ne s'agit pas de rentabiliser son activité. Il est possible d’atteindre l'abondance en produisant beaucoup et en désirant peu. Le chasseur-cueilleur n'a pas à refréner ses désirs parce qu'il n'a pas les besoins infinis que lui prêtent les économistes. L'abondance renvoie pour Sahlins à la satisfaction de besoins socialement définis et par une sous-utilisation des ressources disponibles pour la production. La richesse du chasseur est d'ailleurs un fardeau parce qu'elle grève sa mobilité. Il est donc possible de porter un autre regard sur l'abondance fondée sur un autre mode de circulation des richesses au sein de l'espace social. Or notre biais ethnocentrique nous empêche d’examiner et de comprendre l’abondance qui caractérisaient une société comme celle des chasseurs-cueilleurs. En adoptant un régime varié fondé sur l’abondance de la flore et de la faune, les chasseurs-cueilleurs ne vivaient pas dans un état de subsistance, mais dans une forme  de plénitude. Etant dotés d’une connaissance très fine de leur environnement, ils étaient capables de transformer ce que les étrangers peuvent considérer comme des ressources naturelles maigres et peu fiables en de riches ressources de subsistance. Grâce à cela, ils étaient capables de subvenir à leurs besoins de manière efficace et efficiente et de minimiser le temps passé à se procurer de la nourriture. Leur quête alimentaire était d’ailleurs si réussie que la principale préoccupation était de savoir comment occuper leur temps libre. C’est pourquoi on peut parler d’une abondance sans abondance caractérisée par l’absence de surplus. C’est ce fameux chemin zen de l’abondance auquel nous convie fort justement Marshall Sahlins. Plutôt que de produire trop, il s'agit de désirer peu. Cela nécessite de penser une économie qui englobe l'ensemble des rapports sociaux, en incluant la production et la répartition des biens matériels. C’est donc une autre façon de repenser l’économie comme encastrée dans des rapports sociaux. Il ne s’agit donc pas de remettre en cause l’idée même d’économie, mais d’envisager une autre forme d’articulation et d’adéquation entre les moyens et les fins. Cela signifie notamment de ne plus concevoir l’économie comme le principe formel de comportement, mais comme une catégorie de la culture, de l’ordre de la politique ou de la religion, plutôt que de la rationalité et de la prévoyance. Le trait distinctif de l’échange primitif est de de s’attacher plutôt à la répartition des produits finis au sein du groupe qu’à l’échange marchand et à la transaction. C’est pourquoi on ne pourrait tolérer qu’un membre du groupe meurt de faim. D’où l’importance de la redistribution, de l’intégration et de la réciprocité. C’est pourquoi, contre une vision économique rompue aux principes de rareté et de compétition, les sociétés primitives nous montrent une autre forme de circulation de la richesse et une autre vision de l'abondance. Une sagesse que nous devrions méditer pour nous débarrasser de tous les a priori qui nous empêchent de penser le monde dans lequel nous voulons vivre.


Publié le mardi 16 mai 2023 . 4 min. 46

Téléchargez l'application


Les dernières vidéos
Idées, débats

Les dernières vidéos
de Benoît Heilbrunn

x
Cette émission a été ajoutée à votre vidéothèque.
ACCÉDER À MA VIDÉOTHÈQUE
x

CONNEXION

Pour poursuivre votre navigation, nous vous invitons à vous connecter à votre compte Xerfi Canal :
Déjà utilisateur
Adresse e-mail :
Mot de passe :
Rester connecté Mot de passe oublié?
Le couple adresse-mail / mot de passe n'est pas valide  
  CRÉER UN COMPTE
x
Saisissez votre adresse-mail, nous vous enverrons un lien pour définir un nouveau mot de passe.
Adresse e-mail :