Connexion
Accédez à votre espace personnel
Recevez nos dernières vidéos et actualités quotidiennementInscrivez-vous à notre newsletter
ÉCONOMIE
Décryptages éco Intelligence économique Intelligence sectorielle Libre-propos Parole d'auteur Graphiques Notes de lecture
STRATÉGIE & MANAGEMENT
Comprendre Stratégies & Management A propos du management Parole d'auteur
IQSOG
RUBRIQUES
Économie généraleFranceEurope, zone euroÉconomie mondiale Politique économique Emplois, travail, salairesConsommation, ménagesMatières premières Finance Géostratégie, géopolitique ComprendreManagement et RHStratégieMutation digitaleMarketingEntreprisesFinanceJuridiqueRecherche en gestionEnseignement, formation
NEWSLETTERS
QUI SOMMES-NOUS ?

Voir plus tard
Partager
Imprimer

« "C’était mieux avant", déclarent les retraités pour lesquels Petite Poucette payera pendant longtemps ». Par cette phrase provocatrice, qui donne son titre au dernier ouvrage de Michel Serres, celui-ci veut nous convaincre de ce qu’il y a de profondément erroné et naïf à considérer un peu trop rapidement que notre époque est pire que la précédente.


Petite Poucette, on s’en souvient, c’était le nom que Serres avait donné à un ouvrage précédent paru en 2012 aux Editions Le Pommier dans lequel il décrivait le monde à venir, non pas le sien, mais celui de la pensée algorithmique et de la fin de l’ère du savoir.


Michel Serres ne souhaite donc nullement rejoindre les personnes de son âge qui considèrent qu’aujourd’hui est moins bien qu’hier. Dans une série d’exemples saisissants et vécus tout au long d’une existence qui dure depuis bientôt neuf décades, le philosophe fait une œuvre de salubrité publique en nous rappelant deux ou trois choses que nous sommes pourtant sensées connaître.


Premièrement, la génération de Petite Poucette a progressé en matière d’égalité hommes-femmes. "Devenue veuve, Marie Curie, si géniale en physique et chimie qu’elle mérita deux prix Nobel, se souvient Serres, dut endurer un douloureux calvaire parce que tels ou tels journaux l’accusèrent d’aimer un amant ; je ne me souviens pas que l’on ait visé le mâle ; nos mémoires de machistes oublient cette injuste douleur." Un temps, du reste, où l’éducation sexuelle était tout simplement nulle : "Plus bas que l’estomac" écrit-il, "terra incognita".


Deuxièmement, la génération que représente Petite Poucette a connu des progrès extraordinaires en matière médicale. Serres se souvient du temps de sa jeunesse dans lequel la question de la paternité et de la maternité devait être posée en ces termes : "combien d’enfants (faudra)-il mettre au monde pour en conserver deux ou trois ?". Ces progrès se prolongeant dans le confort de vie jusque dans des détails aussi prosaïques que le port de chaussures neuves. Serres s’en explique en ces termes : "nos souliers, avant, leur cuir dur blessait talons et chevilles. Pour assouplir ces godillots, il fallait marcher des semaines pendant lesquelles nos orteils fleurissaient d’ampoules, cors et durillons. Les riches, disait-on, faisaient porter deux mois ces godasses à leurs valets afin qu’ils les rodassent."


Troisièmement, Serres nous remémore un point de l’histoire qu’en nos temps de floraison médiatique nous tendons à oublier, à savoir la règle de la rumeur des temps anciens. "Je ne connais personne qui ait entendu vraiment le fameux appel gaullien du 18 Juin" écrit-il. "Chaque belligérant inondait de parasites les émissions de radio diffusées par l’adversaire. Tout message nous parvenait brouillé." De ce point de vue, et malgré les nombreuses imperfections de notre système médiatique, nous pouvons accepter en effet l’idée que quelques progrès ont pu être enregistrés depuis 50 ans.


On peut finalement suivre le propos jusqu’à ce que l’académicien déclare que flux a battu stock, et que c’est là une excellente nouvelle. Que nos institutions sont à réinventer, que les possibilités de codage enfin sont de nature à écraser la pensée tout court et que tout cela était écrit depuis la création par Leibniz et Pascal de la machine à calculer.


Mais sur chacun de ces points, il faut reconnaître que tout reste largement à réinventer et que Serres laisse sa Petite Poucette un petit peu seule dans cette tâche démiurgique à venir. Parviendra-t-elle à se réinventer elle-même face aux développements de l’intelligence artificielle ? Rien n’est moins sûr. Il lui faudra sans doute s’appuyer sur ce que Pascal appelait l’esprit de finesse. Il y a fort à parier en effet que bientôt, interpréter, décoder, contraster les situations et les contextes sera plus important que marmonner quelques poncifs issus de la langue informatique. Et gageons que l’école, ici comme ailleurs, aura un rôle central à jouer. 


Publié le mercredi 11 avril 2018 . 3 min. 33

D'APRÈS LE LIVRE :

C'était mieux avant !

C'était mieux avant !

Auteur : Michel Serres
Date de parution : 08/08/2017
Éditeur : Le Pommier
COMMANDER

Les dernières vidéos
Idées, débats

Les dernières vidéos
de Ghislain Deslandes

x
Cette émission a été ajoutée à votre vidéothèque.
ACCÉDER À MA VIDÉOTHÈQUE
x

CONNEXION

Pour poursuivre votre navigation, nous vous invitons à vous connecter à votre compte Xerfi Canal :
Déjà utilisateur
Adresse e-mail :
Mot de passe :
Rester connecté Mot de passe oublié?
Le couple adresse-mail / mot de passe n'est pas valide  
  CRÉER UN COMPTE
x
Saisissez votre adresse-mail, nous vous enverrons un lien pour définir un nouveau mot de passe.
Adresse e-mail :