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20/05/201904:20

Lors de l’élection américaine de Bush contre Clinton en 1992, « seuls 15% des électeurs savaient que les candidats étaient favorables à la peine de mort, mais 86% connaissaient le nom du chien de George Bush. » En nous rappelant cette brève anecdote, le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne et président du Collège de Philosophie, semble faire une critique inquiétante du système démocratique libéral dans son dernier essai Comment gouverner un peuple-roi ? Système auquel pourtant il se propose de venir en aide en formulant une réhabilitation passionnée.


Sans toutefois douter des difficultés auxquelles nous confronte sans cesse le système libéral, que pose Clémenceau avec cette aphorisme resté fameux : « Pour prendre une décision, il faut être un nombre impair de personnes et trois, c’est déjà trop ». Cette citation paraît ne jamais avoir été autant d’actualité en effet. Tout se passant comme si le modèle démocratique libéral, et sur tous les continents du globe, chancelait chaque jour davantage au profit d’alternatives illibérales, comme à Singapour, théocentrées, comme en Turquie ou proprement radicales, ainsi que le proposent les partis présentant un projet révolutionnaire. Et puis n’oublions pas, singulièrement en France, le dégagisme ambiant ou le mouvement des gilets jaunes qui a semblé prendre de cours le pouvoir, autant que les corps intermédiaires traditionnels. 


Quel art politique mettre en œuvre pour sauver ce consentement à être gouverné, pilier de tout projet démocratique ? Sommes-nous encore capables, au fond, de réconcilier démocratie et efficacité se demande l’auteur ? Expression pour rappeler qu’en démocratie c’est certes le peuple qui décide, mais le peuple, comme le disait Proudhon : « n’est guère démocrate, puisqu’il n’aspire, en général, qu’à se confier au premier dictateur venu. »


Le peuple, voilà du reste une expression pour le moins polysémique. Que l’on ait une vision restreinte de la notion, l’ensemble des membres d’une nation soumis aux mêmes lois, ou à des visions plus larges : le peuple est-ce l’ensemble des votants, la moitié des voix plus une, ou la voix de ceux qui savent se faire entendre mieux que d’autres ? Du reste, comme l’avance Tavoillot, Robespierre après 1789, Staline après 1924 ou encore Hugo Chavez en 2012 ont pu le dire chacun leur tour : « Le peuple c’est moi ! ».


Au fond, quelle que soit la conception que l’on s’en fait, elle requière un art politique et c’est tout l’enjeu de ce livre que d’en suggérer un. Cet art politique que Tavoillot dessine, il se définit à partir de quatre volets ô combien disparates : d’abord savoir convaincre pour emporter les élections, puis être capable d’entrer dans un processus de discussion pour élaborer un programme d’action concret, savoir trancher en arbitre et enfin se soumettre, c’est le rôle des élections intermédiaires, au jugement populaire quant aux résultats obtenus.


Ici on notera deux choses : tout d’abord ces quatre missions sont parfaitement hétérogènes, et chacun comprend bien que les qualités d’un bateleur durant une campagne électorale n’ont rien à voir avec celle d’un comptable qui soumet sa copie à son chef, le peuple-roi justement. Aussi, il est intéressant de constater à quel point entre l’art politique, tel que présenté par Tavoillot, et l’art managérial, les points communs sont flagrants. Il s’agit dans les deux cas d’entrer dans une boucle de rétroaction qui va de la nomination au reporting pour y revenir de nouveau dans un cycle d’apprentissage permanent. Ces arts n’ont rien de « naturels » et nécessitent sans cesse des qualités finalement contradictoires : être ambitieux et mesuré,  bienveillant et décisif, assuré et dubitatif tout à la fois.


C’est pourquoi, à la lecture de cet ouvrage, c’est bien sur un drôle de pari que repose notre démocratie, que l’auteur nomme « l’extension du domaine de l’adulte ». D’un côté un citoyen capable « d’obéir » : Tavoillot nous rappelle qu’ « au sens étymologique (ob-audire) » cela signifie « prêter l’oreille » et non « donner sa volonté. »


Et de l’autre des dirigeants de la cité qui ne soient pas seulement des managers fonctionnels, comme ils sont de plus en plus fréquemment, mais des leaders susceptibles d’ajouter la grâce, le charisme, « ce « je-ne-sais-quoi-presque-tout » qui en impose quand il est là et est une énigme quand il a disparu ». Comme le Cyrus du philosophe Xénophon, dont l’auteur nous rappelle qu’il arrivait «  à être avec tous à la fois un bon fils, un grand frère, un père sévère mais juste, une mère attentive et un amant sublime. »

Réf.

Tavoillot, Pierre-Henri (2019), Comment gouverner un peuple-roi ? Traité nouveau d’art politique, Odile Jacob, Paris.


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Mots clés : Idées & débatsDirigeantsGouvernancePolitiqueDémocratieLibéralismePeuples

Comment gouverner un peuple-roi ? Traité nouveau d'art politique

Comment gouverner un peuple-roi ? Traité nouveau d'art politique

Auteur : Pierre-Henri Tavoillot
Date de parution : 06/02/2019
Éditeur : Odile Jacob
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