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Le monde dans la logique immunitaire : le mal contre le mal ?

Enregistré le mardi 31 août 2021 . 4 min. 15

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Le pouvoir politique, comme l’ont montré ces deux années presque entièrement consacrées à la gestion de la crise sanitaire, est devenu un biopouvoir. C’est le philosophe Michel Foucault dans ses cours du Collège de France de la fin des années 70 qui en avait fait la remarque, la vie devenant la première affaire du gouvernement. La vie entendue ici comme vie proprement biologique qu’il s’agit de préserver à tout prix, processus dans lequel l’objectif d’immunité joue un rôle central. La logique protectrice est ainsi devenue peu à peu le point de culmination et finalement le mécanisme général d’administration de nos sociétés, ce que l’apparition de la Covid-19 n’a fait que répéter une nouvelle fois.


Or dans un ouvrage traduit en français cette année, Immunitas, publié en italien et en anglais bien avant la crise actuelle, le Professeur de philosophie italien Robert Esposito avait mis en lumière l’ambiguïté intrinsèque de la logique immunitaire. S’immuniser en effet consiste à s’inoculer une quantité de virus minimum pour stimuler la formation d’anticorps susceptibles de bloquer le développement de la maladie à son stade primitif. Ce processus se présente donc comme une contre tendance à l’évolution négative de l’infection, comme une négation de la négation en quelque sorte, tout se passant comme si nous révèle l’auteur il fallait imaginer deux moitiés se faisant face, l’une empêchant l’autre de croître en utilisant les armes de l’adversaire. Car c’est bien sur le mode militaire qu’il faut se représenter la chose : la vie biologique ne pourrait fonctionner durablement sans ce combat permanent que se livrent nos défenses immunitaires contre toute présence étrangère. C’est en ce sens, sans doute, qu’il fallait comprendre la phrase présidentielle de la « guerre » contre le coronavirus. Un mode conflictuel qu’Esposito illustre avec l’expérience de la grossesse, maintenant que nous savons que c’est précisément grâce à l’hétérogénité génétique, et non la supposée symbiose entre la mère et l’enfant, qui permet à l’une et l’autre de croître dans de bonnes conditions.


Au-delà de cet exposé politico-médical, l’auteur ajoute trois points essentiels à son analyse :


- Premièrement nous pouvons étendre ce paradigme à tout le développement de la civilisation occidentale : la loi n’est rien d’autre qu’un mécanisme de défense présumé contre la violence de certains membres du corps social. Il s’agit de préserver la communauté politique contre elle-même dans un mécanisme d’auto-défense.


- Deuxièmement ce dispositif auto-régulateur s’étend à tous les aspects de la vie sociale : dans la société nosocomiale en effet il s’agit toujours de lutter contre l’expansion des virus. Esposito remarque que les Etats-Unis par exemple dépensent dans le domaine informatique quatre fois plus d’argent dans des programmes antiviraux que dans la recherche contre le Sida.


- Troisièmement l’auteur nous avertit des rapports dialectiques pour le moins indécis entre immunité et communauté, signalant par là que le risque induit par l’immunité, par l’inoculation d’un « mal mineur » en quelque sorte, est ce qui permet à la communauté de faire barrage à sa propre extinction. Ce serait ainsi l’immunité dans sa logique contradictoire et conflictuelle qui serait la source de la communauté, plutôt que l’inverse.


Avec l’immunité, concept négatif qui paraît nécessaire à la communauté, nous avons-là une notion importante à considérer pour les organisations toujours confrontées au risque de disparaître. L’immunité organisationnelle induit donc, premier point, de laisser la place à la libre expression des désaccords et à un souci d’ouverture à la possibilité du conflit, sachant que la résolution des dissensions constitue une thérapeutique qui conditionne ses possibilités de survie.


En bref débattre pour ne pas se battre, selon l’expression entendue ici ou là. Tout en maintenant que l’immunité d’un groupe, en particulier dans un contexte sanitaire où s’imposent à nous les barrières de la distanciation sociale, est aussi dépendante d’un deuxième aspect, à savoir une logique du tact dont les managers devraient s’inspirer. Le tact c’est ce qui consiste à toucher quelqu’un sans l’approcher physiquement, c’est maintenir un lien sans s’y impliquer tactilement, c’est le geste même, négatif sans doute, qui permet, sans risque de contagion, de reconstituer des savoir-vivre en commun.


D'APRÈS LE LIVRE :

Immunitas. Protection et négation de la vie

Immunitas. Protection et négation de la vie

Auteur : Roberto Esposito
Date de parution : 04/03/2021
Éditeur : Seuil
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