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ACCUEIL STRATÉGIE & MANAGEMENT Notes de lecture Legosophie : la philosophie...
https://player.vimeo.com/video/356602635?autoplay=1 Ghislain-Deslandes-Legosophie-la-philosophie-mangeriale-du-lego-306345991.jpg
13/12/201904:02

Nous sommes au Vème siècle avant Jésus-Christ, en présence du divin Socrate. Celui-ci, contre toute attente, est interrogé par un certain Critobule sur la différence qu’il y a entre un mauvais et un bon manager. Il faut dire que cette question, certes fort judicieuse et dont la bonne réponse n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air, n’avait jamais été posée auparavant. C’est donc une grande première, bien avant que Fayol et Taylor, vingt cinq siècles plus tard, ne la posent à nouveau. Voici ce que, sous la plume de Xénophon, répond Socrate : « Eh bien, Critobule, si je te fais voir tout d’abord des gens qui construisent à grands frais des maisons incommodes, puis d’autres qui, en dépensant beaucoup moins, en construisent qui sont pourvues de tout le confort désirable, ne crois-tu pas qu’en cela je te montrerai ce qu’il en est du management ? »


Socrate fait donc du management une manière de construire intelligemment et efficacement, une sorte de jeu de Lego, du nom de cette marque que l’on prétend plus puissante que Google, Nike ou Ferrari (selon Brand Finance, p. 88). Le philosophe ici se fait Legosophe. Une philosophie du Lego, c’est justement ce que nous propose Tommaso Bertolotti dans une courte dissertation, qui se présente de prime abord comme une sorte d’archéologie légographique.


Les Legos, prétend l’auteur, sont « spécifiquement platoniciens. Pourquoi ? En raison d’un rapport très fort avec l’idée du bien, de l’importance du modèle même, de leur dimension mathématique, de la façon qu’à le constructeur de fabriquer son Lego en regardant le modèle » (p. 19). Platon en effet, l’élève de Socrate, était attaché à l’harmonie sociale dans laquelle chacun trouvait sa place, ou une fonction, qui corresponde à ses aptitudes. Ainsi ces briques de construction, fabriquée dans cette matière unique qu’est acrylonitrile butadiène styrène, fabriquées au Danemark, permettent finalement d’appréhender non seulement les concepts platoniciens mais encore de mettre en oeuvre les principes de management selon Socrate : tenir compte des contraintes du système -les fameux faux-tenons (p. 83) pour les joueurs de Lego- et des ressources à disposition pour construire un monde presque parfait où chacun, plombier et policier, héros et voleur, auraient leur places attribuées et numérotées, et où règnerait une «  égale dignité des tâches » (p. 57).


Jouer au Lego au final c’est faire monde, c’est apprendre que les entités ne font sens que dès qu’elles sont mises en relation, ordonnées les unes par rapport aux autres, associées les unes aux autres pour constituer un univers, une organisation unique et irremplaçable par aucune autre. Un jouet qui fonctionne finalement comme outil de conceptualisation, d’innovation et développement ; chacun de ces mots qui appartiennent sans nul doute au vocabulaire managérial. Ces formes encastrables seraient en fait une occasion pour les joueurs de songer à la résolution de problèmes à partir non pas seulement d’une réflexion préparatoire mais encore par le fait de manipuler les objets eux-mêmes. Or c’est ici qu’il faut rappeler que le mot management vient aussi du latin manus, qui veut dire main.


Mais c’est là où la métaphore trouve ses limites et où la pertinence de la comparaison vient se briser, comme deux briques qui ne pourraient finalement s'assembler contrairement à ce qu’indique le mode d’emploi. Les visages béats et finalement inexplicables de nos figurines, capables de ne montrer qu’une seule émotion, une indifférence factice tout au plus, « nous pousse(nt) à réfléchir » (p. 97) en effet, comme l’indique Bertolotti. Ces mornes physionomies indiquent une sorte de paralysie, un abattement, une forme de dépression aussi. Or c’est précisément ce dont le monde du travail voudrait sortir aujourd’hui en baptisant de burn-out ou de bore-out ce dont il souffre, et dont les Legos nous donne l’illustration parfaite. L’exemple à ne pas suivre.


Du reste le fondateur du concept, Ole Kirk Christiensen, trouva le nom de Lego à partir de l’expression danoise « leg godt », qui veut dire « joue bien ». Or c’est bien cela qu’il s’agit de réinventer dans les entreprises aujourd’hui, en donnant à chacun et à chacune la possibilité de changer de fonction, de pouvoir pleinement s’exprimer et, surtout, de sortir de l’état d’immobilité où nos conceptions managériales d’un autre siècle semblent nous avoir figés pour toujours.

Réf : Legosophie. Petite philosophie du Lego, par Tommaso W. Bertolotti, PUF, 2019.


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Mots clés : ManagementIdées & débatsEntrepriseOrganisationConstructionJeu

Legosophie. Petite philosophie du Lego

Legosophie. Petite philosophie du Lego

Auteur : Tommaso W. Bertolotti
Date de parution : 04/2019
Éditeur : PUF
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