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https://player.vimeo.com/video/370908500?autoplay=1 Ghislain-Deslandes-Les-Cannibales-en-costume-306346343.jpg
08/06/202004:04

On se souvient de la sortie fracassante de l’ouvrage de Robert Sutton Professeur à Stanford intitulé « Objectif zéro-sale-con » et sous-titré « Petit guide de survie face aux connards, despotes, enflures, harceleurs, trous du cul et autres personnes nuisibles qui sévissent au travail ». Dans la préface de l’édition française, Hervé Laroche insistait à l’époque sur le sérieux de l’affaire et nous conseillait déjà d’essayer autant que possible de ne jamais avoir affaire à eux ou, si c’est déjà trop tard, de les écarter des équipes à la manière d'une matière quasi-rétroactive.


Plus de dix ans plus tard, peut-on dire que leur analyse a été entendue ? On pourrait le croire en effet tant les discours sur la bienveillance au sein des équipes ne cessent d’être entendus ici ou là, et que du burn-out et de la souffrance au travail nous sommes de plus en plus préoccupés et conscients.


De fait, si avant l’usine était encrassée et dangereuse, aujourd’hui les espaces de travail sont pensés pour être ergonomiques et conviviaux. Avant les photos d’ouvriers montraient des mines défaites tandis qu’aujourd’hui les photos de salariés au travail les représentent avec un large sourire sur le visage, fin prêts pour propulser l’action collective vers de nouveaux sommets.
Or devant ces faux-semblants ne faudrait-il pas plutôt déchanter ? C’est ce que de longues enquêtes terrain réalisées par le sociologue David Courpasson semblent hélas attester. Il décrit notamment des managers honteux de ce qu’ils font, et par conséquent ce qu’ils sont, au service d’activités contestables, l’auteur de citer les scandales phytosanitaires à venir (p. 23), et finalement indifférents au sort d’autrui, comme devenus insensibles à la cruauté de certaines situations de travail. « Au milieu de notre entretien » explique Courpasson, Georges (l’un des répondants de l’enquête) dira presque brutalement : « vous comprenez, je me dis, je suis un cannibale, un cannibale habillé en costume… Mon boulot, au fond, est franchement dégueulasse… » (p. 115).


De l’anthropophagie, cette tradition ancestrale discutée notamment dans les Essais de Montaigne, nous sommes dans nos contrées européennes contemporaines délivrés, mais peut-être pas autant que nous le pensions. Du reste, le mot cannibaliser existe encore dans les organisations : prenez l’expression de cannibalisation des ventes, qui se produit lorsqu’une activité nouvelle se développe au détriment d’une activité plus ancienne. Cannibaliser c’est au fond concurrencer, mais de manière primitive et cruelle, sans laisser le moindre reste aux rivaux. C’est considérer autrui comme un obstacle, comme un ennemi en effet, d’où les expressions guerrières et carnassières que l’on trouve dans la bouche des répondants et tout au long de ce récit, du « carnage qui se déroule sous nos yeux » (p. 11), du « sang qui coule » (p. 84), des bureaux qui sont « comme des tranchées » (p. 142) ou encore l’expression employée par une RH incitant ses équipes à « se sortir les tripes » (p. 85).


Ce texte truffé de témoignages saisissants nous met face à cette violence sourde, et d’origine ancestrale sans doute, que génèrent encore, malgré les efforts de design et la volonté de bienveillance, les milieux prétendument tempérés de l’entreprise. Il complète le témoigne donné en son temps par Robert Jackall, un autre sociologue, qui décrivait déjà l’égoïsme des motivations au sujet du bon vieux Joe dont on n’hésitait à pas se séparer d’une manière décrite alors: « lorsque l’un parmi nous échoue nous le plaçons dans un petit bateau qu’ensuite nous mettons à la mer. Nous prenons soin de bien larguer les amarres. Et ensuite nous nous efforçons de ne plus jamais y penser » (MM, p. 68).


Ici l’auteur en appelle à la nécessité en management de faire place à des notions telles que la vulnérabilité, la civilité ou la confiance, notamment à l’égard des « gens de métiers » (p. 141), qui ont investi leur vie de travail dans une forme de maîtrise particulière. Ici, comme ailleurs, c’est à la contribution de chacun à un qualitarisme des relations qu’il est aussi fait appel, au détriment des tenants d’une « géométrie évidente » tout droit venue d’experts du calcul toujours prompts à mettre en place des « scoring désinvoltes » (p. 141) et à la fin des fins destructeurs des libres qualités et de leur expression. Libres qualités dont nos organisations européennes ont pourtant plus que jamais besoin pour inventer et créer autrement.

Réf.

Les Cannibales en costume – enquête sur les travailleurs du XXIème siècle, Editions François Bourin, 2019, Paris.


En savoir plus

Mots clés : Idées & débatsManagementEntrepriseSalariésBienveillance

Cannibales en costume

Cannibales en costume

Auteur : David Courpasson
Date de parution : 19/09/2019
Éditeur : François Bourin Editions
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