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Petite philosophie de l’ingénieur

Publié le mercredi 26 janvier 2022 . 3 min. 59

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Entre la science et la technique, deux mots qui semblent dominer notre époque doublement impactée par la pandémie et l’intelligence artificielle, quelle place donner à l’ingénierie ? L’ingénieur en effet, dont on célèbre l’excellence en France grâce notamment à quelques écoles et quelques entreprises reconnues, n’est ni un scientifique, qui est d’abord un théoricien, ni un technicien, auquel on ne demande pas d’avoir une vue d’ensemble du système.


Certes l’ingénierie commerciale, bancaire, culturelle, industrielle ou juridique conditionne notre vie de tous les jours, mais que savons-nous vraiment de cet art qui n’est pas une science mais qui souvent la précède ? Et que savons-nous de ce savoir-faire qui revendique, ainsi qu’en témoignait déjà le philosophe des sciences George Canguilhem, de construire des machines avant même d’en avoir une « connaissance physique » (p. 15) ?


En réalité, l’ingénierie peut d’abord être vue comme un ensemble de procédés qui se donnent « pour but de modéliser un objet en vue de vérifier l’efficacité de son action » (p. 11) Cette proposition de définition, c’est celle que suggèrent deux chercheurs du Centre de recherche sur les risques et les crises de Mines ParisTech, Franck Guarnieri et Sébastien Travadel dans un livre intitulé simplement « Petite philosophie de l’ingénieur ». Ici les auteurs semblent poursuivre trois objectifs singuliers :


-Le premier est à caractère historique. Selon eux, le terme d’ingénieur apparaît en France au milieu du XVIème siècle pour signifier un rapprochement entre un savoir théorique et une application pratique. Ils insistent en particulier sur la personne de Gottfried Wilhelm Leibniz, le philosophe allemand, qui est celui qui donnera à la science « utile » ses lettres de noblesse académique. « Theoria cum Praxi », allier théorie et pratique, réflexion et action, c’était d’ailleurs là sa devise, supposée nous ouvrir les portes d’un meilleur monde possible, bientôt raillée par Voltaire dans son Candide.


-Le second est de défendre une manière de penser le monde qui puisse le transformer concrètement. L’ingénierie est un exercice où l’inventivité a toute sa part, où le pouvoir symbolique joue un rôle aussi important que la capacité de transformation concrète du monde. Pour les auteurs (p. 61-64), l’esthétique de l’ingénierie doit « s’interprète(r) comme une mise en relation du réel avec un idéal » et dénoue à ce titre « le hiatus entre l’idéal et l’efficace ».


-Le troisième objectif est d’ouvrir des perspectives pour une philosophie de l’ingénieur, une philosophie qui se veut « conviviale » (p. 17), tournée vers (p. 69) la « valeur de la vie » et de nouvelles formes esthétiques.


C’est sur ce dernier point, le plus prospectif, que ce petit livre qui convoque un « imaginaire sympathique » (p. 70) peut sembler un peu court.  Les procédés ingénieriques en effet font trop souvent penser à un monde où il n’y a plus de solution à inventer, avec lequel précisément on ne sympathise plus car tout y est déjà décidé à l’avance. Aussi voit-on par ailleurs que l’ingénierie est dépassée de tous côtés par deux discours antagoniques :  le « low tech » contestataire d’un côté, et l’utopie technologique californienne de l’autre, où personne ne comprend vraiment le fonctionnement de l’outil technique, pas même les ingénieurs remplacés qu’ils sont par des robots.


En conséquence il faudrait revenir à la définition qu’Ivan Illitch donnait de la société conviviale qu’il appelait de ses vœux : celle « où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes. Conviviale » ajoutait-il, serait « la société où l’homme contrôle l’outil » (p. 13). Dès lors, doit-on faire confiance à l’ingénierie, à commencer par celle de Taylor qui a tant influencé le parcours et la structure des organisations industrielles, pour augmenter à terme “la valeur humaine et sociale de l’agir technique » (p. 197) ? Ou ne devrions-nous pas parier plutôt, pour atteindre ce dispositif convivial où les usagers auraient le pouvoir et où l’outil serait au service de la communauté, sur un management plus ingénieux que scientifique ? Un management des organisations culturellement déprolétarisé, un management en somme, plus subtil et plus fin.


D'APRÈS LE LIVRE :

Petite philosophie de l’ingénieur

Petite philosophie de l’ingénieur

Auteur : Franck Guarnieri et Sébastien Travadel
Date de parution : 05/05/2021
Éditeur : Presses universitaires de France
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