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29/04/202104:28

« Je ne suis pas médecin, mais j’ai le sentiment que ce virus chinois va disparaître aussi vite qu’il est arrivé. Et ce n’est pas le vaccin anglais qui me fera changer d’avis, d’ailleurs j’ai toujours été rétif à l’idée de m’inoculer un poison, même en petite quantité. Je ne suis pas non plus économiste, mais si vous me posez la question, à mon avis la cause de tout cela c’est le réchauffement climatique causé par les gaz à effet de serre. D’ailleurs je ne suis pas scientifique mais je vous le dis tout net : dans toute cette affaire nous aurions dû « tracer » les malades et puis c’est tout. Comme les Japonais ont parfaitement su le faire ».


Ce propos de café du commerce est loin d’être le seul à avoir été prononcé ces deux dernières années. Un sondage paru dans le Parisien laissait entendre au début de la pandémie que 59% des personnes interrogées se croyaient autorisées à dire que tel médicament était efficace pour traiter les malades, alors que seulement 20% exprimaient l’opinion inverse. Tout cela au moment où la recherche scientifique était prise au dépourvu devant l’émergence surprise de la Covid-19. Seulement 21% des répondants, une infime minorité, remettaient à plus tard d’avoir un avis sur la question, évitant ainsi d’énoncer sans modération des prophéties très incertaines.


Pour Etienne Klein, philosophe des sciences connu pour son activité de vulgarisateur scientifique, à la radio notamment, plusieurs biais expliqueraient les résultats de ce sondage, dont deux portant un nom presque imprononçable : l’ipsédixitisme qui nous pousse à nous ranger derrière une autorité sans faire preuve d’esprit critique et l’ultracrépidarianisme, qui nous pousse à porter des jugements le plus souvent hâtifs sur des domaines pour lesquels nous n’avons pas de compétences particulières. Ce qui ne fait que confirmer « l’effet Dunning-Kruger », révélé il y a une vingtaine d’années, que l’on pourrait prosaïquement résumer ainsi : plus on est ignorant et moins on le sait, et corollairement, plus on est expérimenté dans un domaine et plus on estime, souvent à tort, que les autres en savent autant que nous.


C’est pour contrer l’émergence de ce « populisme scientifique », que Klein publie donc ce court texte intitulé « Le goût du vrai », expression empruntée à Nietzsche. Il serait temps en effet de mettre un terme à la « dégradation médiatique » (p. 10) que subissent de plus en plus les vérités scientifiques. Un travail salutaire en période pandémique, où personne n’est à l’abri nous prévient-il  d’un «  tweet annonçant que deux plus deux est égal à cinq pour les grandes valeurs de deux » (p. 18). Et où même un Président des Etats-Unis, le 18 Mai 2020 a pu prononcer cette phrase autour d’un certain médicament : « j’ai commencé à en prendre parce que je pense que ça ne peut pas faire de mal, et parce que j’ai entendu beaucoup de bonnes histoires à son sujet ». En réécoutant cette formule, on ne fait qu’assister à la confirmation de l’intuition de Nietzsche qui prédisait que la barbarie sera le résultat d’un monde où le « goût de la vérité » aura été abandonné pour d’autres plaisirs plus grands. Dans l’ère de la « post-vérité » en effet, on ne veut plus croire que les idées qui nous arrangent, ou tout au moins celles qui ne nous dérangent pas.


Même si ce court essai tant à mettre la vérité scientifique au-dessus de toutes les autres, malgré les préventions de Michel Henry auquel l’auteur fait allusion sans en saisir la portée critique, il a le grand mérite de nous rappeler surtout que la vérité nécessite toujours un effort, et singulièrement un effort à faire sur soi. C’est l’audace du vrai qui transparaît ici, et le courage qu’il faut toujours pour, comme indiquait l’auteur dans une conférence du 9 Novembre 2020 à ESCP Business School, « prendre son cerveau, le mettre sur l’enclume et lui marteler des idées qui malmènent celles qu’il a spontanément ».


Au final c’est bien cette même audace que l’on attend, pour des raisons légales autant que morales, des Chief Truth Officer que sont censés être les dirigeants d’entreprise. Mais le parler-vrai, qui est toujours le prix à payer de la confiance, comporte aussi un risque : susciter la malveillance de ceux qui ne veulent pas l’entendre. Le savent très bien les lanceurs d’alerte qui sont un peu les parrèsiastes du monde actuel, ainsi qu’ont les appelaient dans la Grèce antique pour évoquer les partisans de la franchise et de la sincérité, confirmant le plus souvent le processus évoqué par le philosophe Arthur Schopenhauer : « toute vérité franchit trois étapes » écrivait-il. « D'abord elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence. »


En savoir plus
Le goût du vrai

Le goût du vrai

Auteur : Etienne Klein
Date de parution : 02/07/2020
Éditeur : Gallimard
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