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https://player.vimeo.com/video/385977365?autoplay=1 Ghislain-Deslandes-Psychologie-de-la-connerie-306346645.jpg
10/02/202004:19

On peut toute sa vie s’amuser à appuyer plus fort sur un bouton d’ascenseur quand on est en retard à un rendez-vous. Demander à quelqu’un qui pleure pour savoir si ça va. Lancer les dés plus vigoureusement pour faire des six sans véritablement savoir qu’on agit comme un imbécile. C’est d’ailleurs le lot des imbéciles que de ne jamais vraiment s’interroger pour savoir s’ils le sont. Pour les autres, il n’est peut-être pas inutile, ni trop tard, de mieux comprendre les petites bêtises de leurs comportements quotidiens afin, le cas échéant, d’y remédier.


C’est ce que propose notamment Serge Ciccotti dans son excellent article sur, j’ose à peine le dire, « l’étude scientifique des cons » paru dans un recueil édité aux éditions Sciences Humaines titré Psychologie de la connerie. Il y identifie quelques-uns des biais psychologiques étudiés dans des articles de recherche scientifique et dont il propose une synthèse très éclairante. Comme l’illusion de contrôle, qui donne une explication plausible aux exemples cités plus haut, les stratégies de sauvegarde de l’estime de soi, de biais égocentrique qu’atteint celui qui « a échoué car il travaille avec une bande de bras cassé » (p. 25), ou de biais de négativité comme lorsque j’accuse systématiquement autrui d’être responsable de la perte des lunettes ou des clés que je viens d’égarer, tout ces biais donc qui  expliqueraient beaucoup de nos faits et gestes les plus stupides. Citons encore l’erreur fondamentale d’attribution dont Ciccotti nous donne une illustration à laquelle, dans la carrière académique il arrive d’être confronté parfois, de celui qui considère que « si le prof (lui) répond sèchement, c’est parce que c’est un connard et non parce que (la) question est débile » (p. 30).


Mais ce n’est pas tout. L’ouvrage met également à contribution de nombreux auteurs attachés à préciser nos petites approximations quotidiennes en matière de raisonnement que le psychologue Daniel Kahneman appelle les « heuristiques ». Prenons plusieurs exemples souvent vus en entreprise :


-Premièrement le biais d’autorité, qui consiste à prendre au sérieux les conseils ou les ordres qui sont formulés par des personnes qui paraissent avoir, du fait de leur apparence ou de leur accoutrement, par exemple un costume bien taillé ou une blouse bien blanche, un savoir ou un savoir-faire que vous n’avez pas vous-mêmes.


-Aussi le biais de cadrage, je cite ici Kahneman : si « on vous donne le choix entre deux avions : le premier a 97% de chances d’arriver à bon port, le second a 3% de chances de s’écraser. Spontanément, vous tendez à choisir le premier alors que les risques sont équivalents pour les deux vols. La formulation modifie ainsi notre jugement. »


-3ème exemple l’illusion de causalité appelée encore la corrélation illusoire, lorsque l’on observe simultanément la montée des eaux fluviales alors que les taux d’intérêt baissent et qu’on en tire des conclusions hâtives sur les liens de cause à effet entre les deux phénomènes.


-Aussi l’effet de halo, qui explique bien des erreurs de recrutement, où quelqu’un attribue un talent à quelqu’un d’autre qui le prédispose, croit-il, à avoir d’autres talents. Quelqu’un capable de faire de petites choses est croit-on aussi capables d’en faire de grandes, et vice versa, alors que ce n’est pas toujours le cas. Enfin, autre « heuristique », l’aversion à la perte qui explique bien des reculs dans les investissements décidés par les conseils de direction: car nous sommes plus affectés en effet à l’idée de perdre de l’argent que d’en gagner.


Bref en économie tout est logique, rien n’est logique. Nous sommes sans cesse sous l’influence de nos psychés dans nos choix tactiques et stratégiques, et la chose économique apparaît aussi bien psychologique, ce que du reste même les économistes semblent admettre, puisque les travaux de Kahneman lui ont valu un Prix Nobel d’économie en 2002.


Précisons en conclusion que le succès très inattendu de ce livre, qui tente avec humour et élégance de nous rendre un peu moins idiots quant à nous-mêmes, lui vaut d’être bientôt traduit en 15 langues. La connerie étant universelle elle constitue en soi un sujet d’études inépuisable, pour preuve la préparation d’un second volume.


Toute cette réussite éditoriale en espérant quand même, sur le long terme, donner tort à Tobie Nathan qui dans une courte interview à la fin du livre rappelle que « lorsqu’on psychanalyse les cons, ils deviennent méchants, parce qu’ils prennent conscience de leurs insuffisances (…) » Eh oui, chacune et chacun aura pu l’observer dans l’existence professionnelle : « Les cons n’aiment pas ceux qui ne le sont pas » (p. 368-69).


Réf.

Psychologie de la connerie, sous la direction de Jean-François Marmion, Sciences humaines, 2018.


En savoir plus

Mots clés : ManagementIdées & débatsErreursComportementRaisonnement

Psychologie de la connerie

Psychologie de la connerie

Auteur : Sous la direction de Jean-François Marmion
Date de parution : 29/01/2020
Éditeur : Le Livre de Poche
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