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Troubles et dépossession dans le travail

Publié le mardi 12 juillet 2022 . 4 min. 02

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C’est le romancier Stephan Zweig qui le remarquait en premier : le métier de voleur professionnel suppose (p. 213) de la « rapidité, du sang-froid, de la maîtrise de soi, une attention double (sur la victime et sur la police) et une capacité à courir très vite ». En bref des compétences, qui sont le lot de toute expertise. Mais doit-on dire alors d’un pickpocket, ou d’un personnage de fiction comme Arsène Lupin, qu'il exerce une profession à proprement parler, qu’il exerce un travail ? Et d’ailleurs travailler, qu’est-ce que cela signifie vraiment ? On peut en effet « travailler la terre, un poème, à son salut, (ou) à sa fortune » (p. 76).


Pour la sociologue Anne-Marie Dujarier, qui publie Troubles dans le travail, il convient de mettre en évidence que le sens du mot n’a eu de cesse de changer dans l’histoire, même s’il suppose toujours un rapport à l’effort et au franchissement d’un obstacle. Un travail désigne à la fois un résultat, une manière de procéder, mais aussi un jugement sur le résultat et sur la manière. Les disciplines supposées l’étudier sont d’ailleurs rarement d’accord entre elles : le travail du rêve chez Freud n’ayant pas grand-chose à voir avec la définition des économistes, qui le considère classiquement comme l’un des facteurs d’augmentation du capital. Et plus généralement en sciences sociales se sont comme deux discours diamétralement opposés qui se font face aujourd’hui :


- Un point de vue « technodéterministe » (p. 17) qui considère comme inéluctable la disparition du travail par la transformation technologique des sociétés,


- Et un autre point de vue, issu du courant autonomiste italien, qui « affirme que tout serait devenu travail (…) nos pensées, (nos) émotions, (nos) affects (et nos) relations » (p. 17). Devant cette alternative, on en viendrait presque à se demander comme indique l’auteure si le terme nous permet encore de penser les transformations, notamment écologiques, qui attendent nos organisations : en bref faut-il davantage libérer le travail, ou plus radicalement s’en libérer ?

Or un autre ouvrage sur le même thème, Les dépossédés de l’open-space, tente de répondre à cette épineuse question. Car selon l’essayiste Fanny Lederlin, c’est en terme de néo-travail qu’il faut maintenant parler :


- Le néo-travail serait, première caractéristique, celui du royaume de l’indépendance généralisée : elle prend l’exemple du dernier film de Ken Loach, Sorry we missed you, dans lequel Ricky est un « travailleur du clic aux ordres d'une plateforme de vente en ligne dont les journées sont rythmées par les injonctions d'un boîtier électronique » qui mesure ses performances » (p. 20).


- En second lieu le néo-travail serait caractérisé par la privation d’un « sol » tangible (p. 114). La plupart des « dépossédés » n’ont pas même de bureau fixe en effet, tout en étant invités à subir une sorte de délocalisation perpétuelle.


- Troisième caractéristique patente, le fait que le néo-travail coïnciderait avec un processus généralisé de « tâcheronisation » (p. 24) au service de la robotisation galopante de nos « économies de la décharge » (pour employer ici l’expression du philosophe Grégoire Chamayou). Au final, si le travail constitue bien une catégorie de pensée qui fait encore sens aujourd’hui, le sens quant à lui aurait progressivement disparu du néo-travail.


Dès lors, face à la fin du travail et au néotravail sans fin, ne serait-il pas temps d’imaginer de nouvelles conceptions ? On peut craindre hélas que les propositions concrètes faites par Fanny Lederlin, l’insoumission chronique, l’émergence de nouvelles coopératives et la sagacité des bricoleurs, ne pourront constituer la réponse à de tels enjeux. Car on perçoit bien que la révolution du néo-travail dans les organisations passera en priorité par une confrontation avec les aspects négatifs de la technologie : non pour la faire disparaître, ce ne serait ni possible, ni même souhaitable, mais pour tenter d’en reprendre le contrôle et restituer sa dignité au travail. Pour cela, on méditera volontiers cette citation du grand penseur du progrès technique Günther Anders, lorsqu’il indiquait que « nous devons aussi interpréter ce changement (technologique) pour pouvoir le changer à son tour. Afin que le monde ne continue pas ainsi à changer sans nous. Et que nous ne nous retrouvions pas à la fin dans un monde sans hommes. »

Références :
"Troubles dans le travail" de Marie-Anne Dujarier
"Les dépossédés de l'open space" de Fanny Lederlin


D'APRÈS LE LIVRE :

Troubles dans le travail

Troubles dans le travail

Auteur : Marie-Anne Dujarier
Date de parution : 01/09/2021
Éditeur : PUF
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