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Cultiver le "presencing" pour apprendre à mieux écouter

Publié le jeudi 26 septembre 2019 . 5 min. 35

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« Tu ne m’écoutes jamais « ! », « Si tu m’avais écouté … », qui n’a pas prononcé ou entendu ces petites phrases qui illustrent la difficulté que nous avons à nous écouter les uns les autres. Il est vrai que nous évoluons de plus en plus dans un monde où l’orientation majeure est de se faire entendre plutôt que d’être à l’écoute des autres !


Or, l’écoute est essentielle à la relation humaine. Elle a des vertus nombreuses. La psychanalyse en a d’ailleurs fait son outil principal. Nous savons tous qu’écouter vraiment est une façon de gagner du temps (on ne fait pas répéter), de mieux comprendre l’autre, de lui montrer que nous le respectons.


Pour toutes ces raisons, avoir une bonne écoute est un élément clé en management.


C’est la thèse d’Otto Scharmer, présentée dans son ouvrage « Adressing the black spot of our time » qu’on peut traduire par « Eclairer l’angle mort de notre époque » paru en 2007, mais complètement d’actualité sur ce sujet de l’écoute.


En effet, Otto Scharmer identifie 4 modes d’écoute


- Le premier type est le « téléchargement ». C’est quand notre écoute ne fait que re-confirmer ce que nous savons déjà. Avouons que c’est ce que nous faisons souvent : « il me l’a déjà dit ! », « Je suis déjà au courant ! ». Une écoute qui n’en est pas vraiment une, et qui peut nous faire passer à côté de bien des signaux faibles : la petite phrase, le mot qui surgissent sans prévenir, une intonation différente qui annonce une intention nouvelle…. Sur le moment, le « téléchargement » nous fait fonctionner à l’économie mais présente une vraie prise de risque sur le long terme.

- Le second mode est l’écoute factuelle : elle consiste à se centrer essentiellement sur le sujet de la conversation. Dans l’écoute factuelle, nous nous concentrons sur les nouvelles données ou celles qui peuvent mettre en cause ce que nous pensons savoir. Elle se caractérise par le questionnement : pourquoi cela ? comment avez-vous obtenu ces résultats ? ….

- Le troisième type d’écoute recensé est l’écoute empathique. Otto Scharmer la qualifie de « vrai dialogue ». L’empathie, c’est ressentir ce que ressent l’autre. Cette écoute empathique permet de percevoir le monde du point de vue de notre interlocuteur. Dans l’écoute empathique, on perçoit les choses de l’intérieur, avec le cœur plus que d’un point de vue intellectuel et conceptualisé.

- Enfin, le quatrième stade de l’écoute est l’écoute générative. Cette écoute nous place dans une toute autre perspective. Je cite : « Nous ne recherchons plus rien à l’extérieur. Nous ne sommes plus en empathie avec l’autre. Nous sommes dans un état différent. Des mots comme : « communion » ou « grâce » expriment le mieux la texture de cette expérience ». Avec l’écoute générative : « à la fin de l’échange, vous réalisez que vous n’êtes plus le même qu’au départ ».

Pour illustrer cet état d’attention et de conscience profonde, Otto Scharmer convoque des récits de sportifs de haut niveau. Il cite par exemple Bill Russel, joueur vedette de basket ball. En voici quelques extraits impressionnants : « Certains matches des Celtics s’intensifiaient au point de dépasser le jeu physique ou même mental, jusqu’à devenir magique. (…) Le jeu allait si vite que chaque feinte, chaque coup, chaque passe étaient totalement imprévisibles et pourtant rien ne me surprenait. C’était presque comme si nous jouions au ralenti. (…)Dans ces moments, c’est comme si je connaissais par cœur tous les joueurs, toutes équipes confondues et qu’eux aussi me connaissaient par cœur. Je me sentais comme un aigle dans le ciel ».


Otto Schamer nomme cet état de conscience intensifiée le « presencing », des mots anglais « presence » (présence) et sensing (sentir ou ressentir). Il y voit l’essence du leadership d’aujourd’hui.


C’est la seule façon selon lui d’apporter des réponses qui ne se limitent pas à soigner les symptômes d’un problème mais de s’attaquer à leurs racines de façon systémique.


Il faut pour cela travailler notre capacité à « ressentir », dans un groupe de travail, dans une action individuelle ou collective.


Quelques clés pour progresser sur ce chemin du presencing :


- faire taire les ennemis intérieurs que sont : la voix du jugement, la voix du cynisme et la voix de la peur,
- et abandonner les bonnes vieilles méthodes de fonctionnement que nous mobilisons par habitude : exécuter en s’appuyant sur les recettes du passé (l’action bête), réfléchir sans fin avec l’  « analyse qui paralyse », et discourir sans se lier ni à la source ni à l’action (le bla bla bla).

Je ne sais pas si nous avons souvent l’occasion de nous sentir « comme des aigles dans le ciel » dans nos vies professionnelles ! Mais peut être pouvons-nous chercher à y tendre ! L’objectif est déjà de prendre conscience de nos propres pratiques d’écoute. Comme le disait Goethe : « chaque objet observé ouvre en nous un nouvel organe de perception ».


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