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En plein mois d’août, comme chaque année, est publié le désormais célèbre classement dit de Shanghai. Et surprise, on découvre qu’une université française, l’université Paris Saclay figure dans le top 20 mondial. Mais est-ce vraiment une surprise ? Et ce classement 2020 changera-t-il quelque chose pour les universités ?

Qu’on les aime ou pas, les classements, nationaux ou internationaux existent et sont déjà le lot permanent des écoles, surtout de management, qui font régulièrement la course en tête dans ceux du Financial Times. Et nos écoles de commerce et d’ingénieurs sont habituées également à de multiples classements français.

Pour les universités, la situation est tout autre : aucun média ou organisme ne s’est engagé durablement dans un classement des universités françaises. Résultat, le miroir qui nous est tendu, c’est celui des « ranking » internationaux, qui ont parfois du mal à saisir les particularismes français.

Le classement de Shanghai a évidemment ses faiblesses, en survalorisant les récompenses scientifiques sans prendre en compte la dimension formation, et très peu ou mal les SHS. On peut d’ailleurs émettre les mêmes critiques à propos de ceux du Times Higher Education, de QS, de l’université de Leiden ou de U-Multirank.

Mais d’où vient cette soudaine progression avec la 14ème place mondiale de l’université Paris Saclay, juste derrière UCLA et devant par exemple l’ETH Zurich, l’EPFL Lausanne ou encore l’Imperial College, ce qui en ferait désormais 1re université d’Europe continentale ?
Et comment 5 universités françaises se retrouvent-elles désormais dans le top 100 mondial du classement de Shanghai au lieu de 3 les années précédentes, avec PSL au 36ème rang mondial, Sorbonne Université en 39ème position, l’université de Paris 65ème et enfin l’Université Grenoble Alpes 99ème ?

Pour 2 raisons :
La première
est que ce classement tient compte de l'évolution du paysage français de l’enseignement supérieur avec les nouveaux établissements publics expérimentaux créés en 2019. Pour résumer, c’est l’intégration dans des universités d’établissements qui gardent leur personnalité juridique et morale, comme Normale sup, l’Espci et Dauphine à PSL ou bien CentraleSupelec, Agroparistech et l’ENS Paris ex Cachan à l’université Paris Saclay. Ou encore la fusion de 2 universités comme pour Sorbonne Université et l’université de Paris.

La seconde est une nouvelle politique de signature des affiliations dans les publications scientifiques. Les organismes de recherche, CNRS, Inserm, CEA, Inria, Inrae etc, parfois à contrecœur, ont demandé à leurs chercheurs/euses, de mettre en première affiliation l’université dans laquelle ils/elles travaillent.

Ces 2 changements ont mécaniquement produit des résultats : ainsi à l’université Paris Saclay, l’addition des forces scientifiques des organismes de recherche, du « poids lourd » Université Paris Sud, des fleurons des écoles, CentraleSupelec et ENS ex Cachan a changé la donne.

Remarquons que la dernière édition du palmarès du Times Higher Education, en septembre 2020, place PSL et Sorbonne Université dans le Top 100 alors que l’université Paris-Saclay n’accroche que le 178ème rang mondial. La raison ? Le quotidien britannique n’a pas pris en compte le nouveau périmètre de l’université.

On peut néanmoins légitimement se poser une question : n’est-il pas artificiel d’additionner les choux universitaires, les carottes écoles et les pommes de terre organismes de recherche ?

D’un point de vue scientifique, l’intégration des forces des chercheurs des organismes avec celles des universitaires, ne fait en réalité que refléter la réalité des laboratoires. Quant aux écoles, la convergence dans ces nouvelles universités se fait au niveau master et bien sûr doctorat. Et témoigne de projets ambitieux.

Alors, ce classement 2020 est-il réellement significatif ? A mon avis, oui, car il peut changer le regard de la société française sur ses universités.

Il a en effet servi depuis les années 2000 à justifier les réformes prônées par les différents gouvernements, à savoir rendre visibles nos universités, en constituant une dizaine de pôles d’excellence. Mais il a surtout servi à stigmatiser des universités mal classées dans un pays qui ne les aime pas et d’ailleurs les finance peu.

Aujourd’hui, ce résultat peut jouer un rôle dynamisant en montrant que, si la France veut rester une grande puissance scientifique attractive, elle doit afficher enfin une réalité masquée par l’éparpillement de ses forces et miser sur ses universités.

Mais cela suppose que le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche y rejoigne les standards mondiaux. Car c’est aussi une leçon des classements : la faiblesse comparée des moyens des universités rend la performance française encore plus honorable.


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