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Un PESTEL pour décrypter le monde en 2021

Enregistré le mardi 2 mars 2021 . 5 min. 07

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Le célèbre modèle PESTEL : voilà un outil d’analyse stratégique incontournable pour tout étudiant en management. Mais alors que chacun attend le retour à la normale après la crise sanitaire, mobilisons ce fameux PESTEL pour examiner les virages que prend le monde à travers la crise.


PESTEL, c’est d’abord P comme Politique. La démocratie reste en théorie le pire des régimes excepté tous les autres pour reprendre le mot de Churchill, elle apparaît surtout être un luxe que plus personne ne semble sérieusement vouloir s’offrir. Le « doux commerce » de Montesquieu cède la place au retour des passions et donc à un désir de protection. La poussée des autoritarismes est partout visible, sur fond de rivalité sino-américaine, de menaces terroristes, de choc des civilisations.


PESTEL c’est ensuite E comme Economique. Taux d’intérêts négatifs, absence d’inflation qui côtoie l’explosion de la valeur d’actifs, rachats d’actions conduisant à un grand renversement où les entreprises financent désormais les marchés financiers…. Et désormais torrents de liquidité déversés par les banques centrales en réponse à la crise sanitaire. Dans un tel contexte où se multiplient les entreprises de l’« économie zombie » sous perfusion étatique, c’est la valeur même de l’argent qui interroge. En tous les cas, force est de noter que les économistes qui n’ont jamais fait d’excellents météorologues se trouvent désormais analyser le temps qu’il fait… à l’aveugle… et au doigt mouillé. 


Après le E, le S comme sociologique. Extension des nouveaux modes de commercialisation, distribution voire de consommation via internet ; importance prise subitement par le télétravail et l’enseignement à distance… Ces évolutions conjuguées emportent un risque majeur : celui de l’anomie. Car la segmentation du marché du travail est de plus en plus évidente entre des nomades/slashers ultra-connectés et pluri-activités et des travailleurs sédentaires exerçant des activités jugées aussi essentielles qu’elles sont mal rémunérées. Il faudrait aussi évoquer le fossé entre les salariés protégés, et les précaires, qu’ils soient salariés ou bien auto-entrepreneurs soi-disant indépendants.  Indubitablement, la crise sociale est mise entre parenthèse par la situation sanitaire.


Le T de Technologique est dans toutes les têtes. Ainsi, la puissance de communication était réservée aux grandes entreprises depuis la révolution industrielle. L’apparition de smartphones toujours plus performants a mis à portée de tous cette puissance, avec les avantages et les risques bien visibles que cela comporte désormais, notamment sur le contrôle des données et les libertés individuelles. Avec le déploiement de la 5G, la perspective de la 6G, nous allons basculer et nul ne sait bien encore comment. Seule certitude : la consommation de données et donc de bande passante et d’énergie va exploser.


Le deuxième E du modèle PESTEL invite à considérer la dimension Ecologique. La prise de conscience du réchauffement climatique et de l’exigence d’une économie décarbonnée est désormais un acquis, au moins en Europe. Mais les obstacles politiques au  passage à l’action sont aussi le signe de la difficulté qu’ont nos sociétés à gérer et traiter des risques de grande ampleur. Une coopération mondiale à la hauteur de l’enjeu ne devient possible que lorsqu’une pandémie mortelle menace. Et encore ! Le crash-test grandeur nature de la crise sanitaire révèle surtout que les populations sont bien loin de remettre en cause les business model de l’obsolescence programmée, de répondre au défi des migrations ou de faire passer les besoins des générations futures avant les plaisirs et désirs insatiables des générations présentes.


Reste enfin la dernière lettre : le L de Légal. Les exemples d’amendes colossales versées ces dernières années aux Etats-Unis par diverses grandes entreprises, américaines parfois, non-américaines le plus souvent du fait de l’extraterritorialité des lois rappellent la puissance de l’arme arme stratégique du droit lorsqu’elle est couplée à la puissance d’une monnaie, ici le dollar. En ce domaine, une certaine naïveté consiste à espérer dans le bouclier du droit européen, couplé à l’Euro. Or, le droit européen paraît incapable de s’extraire du cadre conceptuel d’un strict droit de la concurrence, totalement déconnecté des enjeux stratégiques véritables. Et on rappellera que si Ben Bernanke, dans ses mémoires de la crise de 2007-2008, regrettait qu’aucun banquier n’ait été jeté en prison aux Etats-Unis, il en a été de même en France et en Europe… Sauf que les contribuables européens attendent eux, toujours, les milliards d’euros d’amendes !


Finalement, les outils des sciences de gestion pourraient être bien utiles pour comprendre les défis du monde post-pandémique et appréhender de façon globale et systémique les défis auxquels nos sociétés sont confrontées. Des méthodes d’analyses qui en valent bien d’autres dont nous abreuvent à flux continue les médias.


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