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Xerfi Canal présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi
La crise serait-elle en train d'attiser la concurrence fiscale en Europe ? Oui mais la déclaration de guerre ne vient pas de là où l'on croit.
Chacun a encore en tête les propos de David Cameron en marge du G20 de juin 2012… Ce fameux tapis rouge qu'il promettait de dérouler sous les pieds des entreprises s'évadant de l'enfer fiscal français. La menace semble en passe d'être réalisée. L'impôt sur les sociétés sera ramené à 24% à partir d'avril. Une baisse par palier, partant de 30% en 2008… avec pour objectif, 22% en 2015. Le Royaume-Uni dispose ainsi du taux le plus bas du G7. La mesure s'ajoute à l'abaissement de 5 points du taux de la tranche maximale de l'impôt sur le revenu
Que dire aussi de la résistance irlandaise face à la pression européenne de majorer son impôt sur les sociétés ? Même au pire de la tourmente financière, l'Irlande a maintenu son taux à 12½ %. Aucun gage de solidarité fiscale alors même que le pays faisait jouer la solidarité financière européenne en sa faveur. Bis-repetita avec Chypre. A l'agonie financière, le pays n'a concédé qu'une hausse de 2½ pts de son taux d'impôt sur les sociétés. Hausse dérisoire partant de 10%.
Y'aurait-il donc un syndrome insulaire d'égoïsme fiscal ? Pas sûr. La question serait plutôt de savoir si l'on laisse vraiment aux pays périphériques l'option de jouer une autre carte.
Regardons un instant la carte de l'impôt sur les sociétés en Europe. Ce qu'il faut avoir en tête, c'est que l'impôt sur les sociétés devrait être inversement proportionnel à la distance d'un pays au centre du marché. Un pays central, doté d'infrastructures de transport denses et de qualité, d'une main d'œuvre qualifiée, peut tolérer un impôt élevé. Les entreprises sont prêtes à payer cher en échange de l'avantage géographique et infrastructurel de ce pays. Ce qui saute alors aux yeux en regardant la carte d'Europe, c'est que l'anomalie est en son cœur et non en sa périphérie.
Disons les choses directement. L'anomalie est allemande. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'Allemagne dispose d'un avantage géographique et infrastructurel hors du commun…et qu'elle organise dans le même temps une véritable dépression fiscale en faveur de ses entreprises. Primo le taux d'impôts sur les sociétés en Allemagne n'est que de 15% sur sa partie occidentale, Il était de 25 % en 2008. Deusio, l'appareil productif sous-traite une grande partie de sa production dans les PECO. Et ce fameux hinterland bénéficie également de taux d'imposition très faibles ….Ils oscillent entre 19 % et 20 %.
Certains rétorqueront que la fiscalité locale porte à 30% le taux d'imposition effectif allemand. Certes. Mais comparons ce qui est comparable. Intégrons alors notre propre fiscalité locale, la contribution économique territoriale, et notre taux effectif grimpe alors à près de 50%.
Que faut-il déduire de tout cela. Et bien tout simplement que l'Allemagne a restauré sa compétitivité en faisant feu de tout bois. Centralité renforcée avec l'ouverture à l'Est. Couts intermédiaires réduits grâce à la sous-traitance dans les PECO. Modération salariale, notamment dans les services. Couts fixes réduits des entreprises liés au faible prix du bâtiment commercial. Et les mécanismes de polarisation industrielle en union monétaire amplifient de surcroît l'avantage initial des régions dominantes. Fallait-il vraiment ajouter à cela un avantage fiscal ? Quelle chance de viabilité industrielle l'Allemagne laisse-t-elle à ses partenaires ? Notamment ceux de la périphérie ? Pratiquement aucun. La conclusion est simple. Que l'Allemagne rehausse son taux d'imposition sur les sociétés et redonne ainsi une bouffée d'oxygène à ses partenaires.
Olivier Passet, L'Allemagne doit augmenter son impôt sur les sociétés !, une vidéo Xerfi Canal
Publié le jeudi 11 avril 2013 .
4 min. 38
Mots clés :
Europe / Zone euro
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