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Comprendre les chiffres de la dette française

Publié le jeudi 9 juin 2022 . 5 min. 27

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La France surendettée inquiète. Il est vrai que l’envol de la dette publique est impressionnant : inférieur à moins de 60% du PIB au début des années 2000, le taux d’endettement public a connu deux grands coups d’accélérateur : un premier en 2009 à la suite de la grande récession consécutive à la crise des subprimes, puis le second en 2020 avec la crise de la Covid-19 et « le quoi qu’il en coûte » qui l’a fait tutoyer les 120%. Un doublement en à peine plus de 20 ans !


Poids de la charge de la dette : vers un changement de paradigme


Ce ratio qui effraie tant n’a pourtant pas beaucoup de sens. Tout simplement parce que cela revient à rapporter un stock, la dette, à un flux, le PIB. Calculer le ratio dette brute/PIB, c’est donc comparer deux notions de nature très différente.


Pour être rigoureux, il faudrait plutôt comparer la dette du pays à une somme de PIB futurs, car une dette ne se rembourse pas sur une seule année. Dans une logique de flux, il serait plus correct de rapporter le PIB annuel de la France à la charge de la dette, c’est-à-dire le montant des intérêts versés chaque année. Pour la France, la somme en jeu est aujourd’hui d’environ 40 milliards d’euros, soit l’équivalent de 1,5% du PIB. C’est historiquement très peu. Durant plus de 10 ans, le reflux des taux a absorbé de façon quasi systématique l’augmentation du stock de dettes à mesure que les titres émis étaient renouvelés sur les marchés. Une période paradoxale durant laquelle plus la dette enfle, moins elle coûte ! Une période bénie, mais révolue avec la remontée récente des taux d’intérêt et le retour de l’inflation : 10% de la dette publique française étant indexée sur la hausse des prix à la consommation en France et en Europe. Même si, à ce stade, le poids de la charge de la dette reste encore raisonnable, c’est un changement de paradigme, une première alerte sérieuse.


Dans une logique de stock, la bonne méthode est de rapporter la dette publique (c’est-à-dire le passif) aux actifs. Sous cet angle, les administrations publiques disposent d’un patrimoine net de 193 milliards d’euros. En d’autres termes, si un nouveau-né hérite à sa naissance d’une dette publique, il hérite aussi d’actifs publics financiers et non financiers (maternité, écoles, routes, hôpitaux, etc.) construits et financés par les générations antérieures. Pour autant, il ne faut pas se voiler la face, la situation s’est nettement détériorée depuis 2007, signe d’une progression de la dette publique sans contrepartie patrimoniale équivalente, c’est une deuxième alerte.


Hausse de l’endettement privé


Il faut enfin revenir sur une autre source de confusion, la dette de la France ne peut se résumer à celle de l’État. L’État, ce n’est que l’un des agents économiques, ce n’est pas toute la France. L’endettement de la France, c’est la somme des dettes des administrations, des ménages et des entreprises. Or, l’endettement privé est en forte hausse lui aussi.


C’est le cas de l’endettement des ménages français qui représente plus d’une année de revenu. Certes, une fois de plus, un stock est rapporté à un flux, mais plus que l’indicateur en lui-même, c’est sa dynamique spécifique par rapport aux autres ménages européens qui interpelle. D’un taux d’endettement inférieur à ses plus proches voisins il y a 10 ans, la France se retrouve en pole position. Certes, en face, il y a une valeur patrimoniale en hausse, mais essentiellement sous l’impact de la hausse du prix du foncier et de l’immobilier. Pour les emprunteurs, le cocktail « crise économique » (qui impacterait leurs revenus donc leur capacité de remboursement) et « retournement brutal du marché immobilier » (qui réduirait la valeur de leur actif en cas de reventes précipitées) plongerait nombre de Français dans une grande précarité. C’est un risque de plus.
Côté entreprises, la tendance est la même. La France se distingue par un niveau nettement supérieur et un profil d’endettement plus haussier que la plupart de ses plus proches voisins. Alors certes, l’endettement des entreprises doit être mis en regard de stratégies de croissance externe offensives des groupes hexagonaux. Mais quand des multinationales et autres start-up surévaluées rachètent des sociétés surévaluées, avec des goodwill qui le sont tout autant, en abusant des effets de levier, une remontée brutale des taux virerait très vite à la catastrophe, c’est la 4e alerte.


Position extérieure nette : la France est devenue débitrice


Pour avoir une vision panoramique de l’endettement de la France, l’empilement des taux d’endettement des administrations, des ménages et des entreprises non-financières semble couler de sources, avec ce résultat d’une dette globale représentant 262% du PIB à fin 2021, un chiffre en progression constante depuis le début des années 2000, mais pas exempt de problèmes méthodologiques.


Au-delà même du rapport stock-flux, c’est le cas plus épineux du partage entre dette domestique et dette envers l’extérieur. Parce que les dettes internes s’annulent, puisqu’à la dette d’un agent correspond la créance d’un autre. La position extérieure nette de la France qui reflète la différence entre la valeur des actifs et celle du vis-à-vis du reste monde donne cette information. Une position extérieure nette positive et le pays est créditeur vis-à-vis du reste du monde. Créancière du début des années 90 jusqu’au milieu des années 2000, la France est devenue débitrice. À tel point que le solde s’approche dangereusement du seuil d’alerte de 35% fixé par les règles européennes.


La France n’est pas loin d’être dans une impasse. Le pays reste solvable certes, mais par rapport à des prix de marché fragiles. En cas de remontée brutale des taux, sa solvabilité serait remise en cause. Avec en bout de course une crise de liquidité.


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