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De la mondialisation à la démondialisation : pas si sûr !

Enregistré le mardi 23 juin 2020 . 4 min. 52

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La crise du Covid-19 ne fait qu’accentuer des tendances déjà en œuvre dans l’économie mondiale. L’évolution du ratio exportations sur PIB mondial sur longue période permet d’en prendre la pleine mesure.


La mondialisation des années 1990


Après la récession du début des années 90, le commerce mondial s’est intensifié à partir de 1994. Son envolée durant quatre ans va pousser la part des exports dans le PIB mondial de 18 à 21%. Cette première accélération s’opère dans le sillage de la reprise américaine des années Clinton. Mais cette dynamique n’est pas que conjoncturelle : des facteurs plus structurels agissent sur longue période. C’est d’abord la baisse des coûts de transports liée à la baisse des prix du pétrole bien sûr, mais surtout l’essor du container qui provoque une véritable révolution de la productivité logistique. C’est ensuite la réduction des coûts de communication et l’émergence d’Internet. C’est aussi le vaste mouvement de libéralisation des échanges avec la création de l’Organisation mondiale du Commerce en 1995. Dans un contexte de financiarisation de l’économie mondiale, la mutation chinoise des années Deng Xiao Ping, l’effondrement du bloc soviétique, les délocalisations vont se généraliser. Dans le même mouvement s’opère une gigantesque vague de méga fusions-acquisitions transatlantiques sous l’égide des multinationales occidentales.


Le tournant des années 2000


Mais en 1998 survient une première cassure avec la crise des émergents. La sortie massive des capitaux les fait plonger dans une récession brutale. Ce bref épisode va alors les pousser, notamment la Chine, à adopter des stratégies délibérément mercantilistes et à accumuler des devises, et donc des excédents commerciaux, pour être en mesure de résister aux chocs financiers.


C’est ensuite le triple choc du début des années 2000, avec la crise de la bulle Internet, l’entrée de la Chine dans l'OMC fin 2001 et l’accélération des échanges intraeuropéens avec la mise en œuvre de l’euro fiduciaire en 2002. Partis à la conquête du Graal des nouvelles classes moyennes émergentes, les multinationales occidentales vont accélérer leur implantation dans les BRIC. Les chaînes de valeur s'allongent et se complexifient toujours plus. Bilan, le contenu étranger (c’est-à-dire en importations) des exportations passe de 20% en 1990 à 40% sur la période. Les composants d'un même produit passent plusieurs fois les frontières et gonflent les chiffres du commerce international et se conjuguent avec la flambée des prix des matières premières. Les exportations mondiales s’envolent de 145% entre 2000 et 2008 et leur poids sur le PIB monde se hisse au niveau record de 27%. En quelques années, la Chine est devenue l’atelier industriel à bas coût du monde, avec des exportations qui s’envolent à près de 10% du total mondial. Une trajectoire qui marginalise le Japon. On parle désormais de « Chinamérique ».


De la mondialisation à la régionalisation


Cependant, la crise de 2008-2009 rebat une nouvelle fois les cartes. La crise financière fait caler l’Occident et entraine l’essoufflement de la locomotive des pays émergents. La part des exports chute à 22% en 2009, son plus bas niveau depuis 2003, avant de rebondir à 26%. Mais la croissance mondiale a perdu du souffle, ce qui provoque la bascule vers une nouvelle phase de la mondialisation. Les chaînes de valeur se raccourcissent par grandes zones continentales. C’est un retour de balancier par rapport à la version extrême de l’idéologie du fabless, l’entreprise sans usine. Surtout, le mythe d’une nouvelle classe moyenne au pouvoir d’achat étendu ans dans les émergents a trouvé ses limites. Plus qu’une démondialisation, c’est un mouvement de régionalisation qui s’engage autour de trois blocs. Avec d’un côté le pôle américain, un pôle européen centré autour de l’Allemagne et un pôle Asie sur fond de rivalité entre la Chine et le Japon. En 8 ans, la part des exports dans le PIB reflux de près de 5 points et revient en 2019 à ses standards de la fin des années 90. L’élection de Trump ne fait donc qu’accentuer des tendances profondes.


Avec le choc sanitaire et productif du Covid-19, la part des exports sur le PIB s’est effondrée au printemps 2020. Elle va remonter, bien sûr, mais jusqu’où ? Car deux forces s’opposent. La crise sanitaire a surligné les dangers d’une division internationale du travail guidée par le seul objectif de la baisse des coûts. Elle a révélé la vulnérabilité stratégique des pays avancés et la thématique des relocalisations redevient omniprésente. Pour autant, les facteurs favorables aux délocalisations n’ont pas non plus disparu. Il faut citer par exemple   la baisse du revenu des ménages qui pèse en faveur du low-cost mais aussi la dégradation brutale de la rentabilité des entreprises qui militent tout autant en faveur de la sous-traitance à bas coût au détriment de la proximité et de la sécurité.


De fait, la mondialisation apparait sans retour. Mais son ralentissement est désormais acquis, et son recentrage par zone très probable. Mais ne nous y trompons pas : dans ce monde post-Covid-19, le recentrage fera aussi des gagnants et des perdants dans chaque zone.


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