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Empreinte carbone : faux coupables et vrais pollueurs

Enregistré le jeudi 24 octobre 2019 . 5 min. 13

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Empreinte carbone de quoi s’agit-il ? Quels sont les chiffres ? L’empreinte carbone est une mesure des émissions de 6 gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane mais aussi protoxyde d’azote et trois gaz fluorés) liées à l’activité humaine et encadrés par le protocole de Kyoto.


La mesure de ces émissions s’effectue à travers un indicateur synthétique issue d’une péréquation, qui intègre à la fois le pouvoir de réchauffement de ces gaz et leur durée de vie dans l’atmosphère. Cet indicateur regroupe sous une seule valeur, exprimée en « équivalent CO2 », l'effet cumulé de tous ces polluants qui contribuent à l'accroissement de l'effet de serre. Quant aux calculs des émissions à proprement parler, il n’existe pas de mesure directe, elles sont donc estimées et comportent par construction une part d’incertitudes. Mais même en ne considérant que les ordres de grandeurs, l’explosion des émissions mondiales de gaz à effet de serre se confirme, en hausse de 80% depuis 1970 et de 45% depuis 1990 pour finalement atteindre 53,4 milliards de tonnes équivalent CO2. C’est un record ! Deuxième constat, une cassure très nette sépare, les pays avancés, a priori les plus vertueux, avec une contribution négative à l’augmentation des effets de serre depuis 1990, des pays émergents dont l’empreinte carbone a flambé. La Russie fait exception, mais sa population a baissé de 1,5% sur la période. Ces chiffres bruts sont toutefois doublement trompeurs. Trompeurs une première fois parce que par habitant, les émissions de CO2 sont structurellement plus élevées dans les pays riches qui ne sont donc pas les plus vertueux. Trompeurs une seconde fois, car le protocole de Kyoto est articulé autour des quantités de CO2 effectivement émises à l’intérieur d’un territoire, ce qui favorise les pays occidentaux qui importent de plus en plus ce qu’ils consomment au détriment des pays fournisseurs de matières premières, notamment d’hydrocarbures, comme les pays du Moyen-Orient ou la Russie, ou de produits manufacturés, comme la Chine, ce qui explique leur place assez haut dans le classement.


La question des biens et services importés


En ayant une approche plus globale qui prendrait en compte les émissions de gaz à effet de serre associés aux biens et services importés, c’est-à-dire du point de vue de la demande, plutôt que de l’offre, la carte des pays pollueurs en serait totalement bouleversée et les pays occidentaux apparaîtraient beaucoup plus émissifs. On comprend ainsi mieux la défiance des pays émergents au protocole de Kyoto. Le cas de la France est d’ailleurs très révélateur. Le Commissariat Générale au Développement Durable a refait les calculs : la véritable empreinte carbone liée uniquement aux trois principaux gaz à effet de serre ressort à près de 680 millions de tonnes soit un niveau supérieur à celui de 1995 date des accords de Kyoto. En revanche, calculé sur le territoire stricto-sensu, comme habituellement, le niveau tombe à 425 millions de tonnes, c’est près de 40% de moins. Surtout, c’est un chiffre en baisse de près de 20% depuis 1995. Or c’est bien sur cet indicateur que le France (et les autres pays signataires) ont pris des engagements. Il y a là une supercherie car la France est en partie plus propre parce qu’elle sous-traite ses émissions. C’est bien simple : fermez une usine, importez et votre bilan carbone s’améliore ! Or, les émissions des gaz à effet de serre associées aux importations représentent aujourd’hui plus 55% de l’empreinte carbone du pays, contre à peine le tiers en 1995 et c’est un chiffre en hausse constante. La répartition de l’empreinte carbone des Français par poste de consommation permet également de soulever quelques lièvres. A égalité, 27%, le logement (malgré le faible impact de l’électricité nucléaire) et les transports devancent l’alimentation et les autres postes. Près de 79,5% du transport de personnes s’effectuant par véhicule particulier, la part de l’automobile c’est environ 21% de l’ensemble.


C’est une source majeure de pollution mais pas la principale. Et s’il faut hiérarchiser, réduire les émissions de gaz à effet de serre du parc de bâtiments existants est l’enjeu n°1 de la France. L’explication ? Un parc immobilier ancien, bref des passoires thermiques. D’après les données de l’ADEME, seuls 22% des logements ayant fait l’objet d’un diagnostic de performance énergétique sont en catégories A et B c’est-à-dire économe en énergie. En élargissant à la catégorie C le compteur monte à 40%. C’est moins de la moitié et pour aller à l’essentiel près de 1/3 sont de véritables passoires énergétiques. Les émissions de gaz à effet de serre s’envolent, et contrairement aux idées reçues, 1/ les pays occidentaux en sont les principaux instigateurs via leurs importations, et 2/ en France, le véritable chantier n’est pas l’automobile mais le logement.


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