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Les matières premières sont en ébullition. Et marche après marche, l’indice général de Goldman Sachs s’élève. Depuis son dernier point bas de la fin avril 2020, il a ainsi plus que doublé pour passer au-dessus de ses niveaux d’avant-crise. La remontée rapide pose le problème d’un embrasement capable de dégénérer comme en 2010 ou plus encore comme en 2008.


Des réserves de denrées agricoles encore très importantes


Côté denrées agricoles, la remontée du cours des céréales est rectiligne, en hausse de 59% depuis le dernier point bas du 26 juin 2020 et il est à un pic depuis 7 ans environ. Si la hausse est spectaculaire c’est qu’elle s’appuie sur une large base : + 40% pour le blé environ, +50% pour l’orge, +65% pour le maïs, idem pour le soja depuis les planchers de la fin du printemps ou de l’été dernier. Une mise sous tension des principaux marchés agricoles due aux conditions de culture dans le monde, plus particulièrement aux répercussions sur les rendements provoquées par la Niña, un dérèglement climatique qui affecte les récoltes. Facteur aggravant, une vague d’achat frénétique :


- De la part de la Chine d’abord. En pleine reconstitution de son cheptel porcin décimé par l’épidémie de fièvre porcine africaine, sa demande en produits agricoles pour nourrir les animaux a explosé.
- Il y a ensuite les achats à tour de bras des grands importateurs traditionnels de céréales (pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient) dans le but de constituer des réserves de précaution et de se prémunir d’une éventuelle flambée des prix.


Des facteurs perturbateurs donc… mais des facteurs ponctuels. Et il faut intégrer trois éléments dans l’équation :


1. D’abord, si l’appétit chinois continue d’animer les marchés à court terme, l’objectif de Pékin est bien de rapidement se rapprocher de l’autosuffisance alimentaire, donc de produire plus grâce à une hausse combinée des surfaces et des rendements.
2. Ensuite, en matière agricole, la réponse de l’offre face à une hausse des cours peut être rapide.
3. Enfin, les stocks sont à un niveau élevé. Aussi bien pour le blé où à près de 300 millions de tonnes, les réserves sont à un pic historique et nettement au-dessus de leur moyenne de long terme que pour le maïs. Certes, ils baissent depuis 4 ans, mais ils restent nettement supérieurs à leur tendance de moyenne période.


La demande de métaux durablement lestée


Côté métaux industriels, le redressement des cours est également spectaculaire (+ 60% depuis leurs derniers points bas). Cuivre, nickel, aluminium, argent s’inscrivent tous sur des tendances haussières. Bilan, l’indice global a dépassé ses derniers pics de 2018 et sont au plus haut depuis 10 ans. Une poussée de fièvre dont les mécanismes ne semblent pas devoir perdurer avec autant d’intensité. Trois forces ont été à l’œuvre :


1. Il y a d’abord l’opportunisme des industriels chinois qui se sont rués sur les marchés au printemps 2020 au moment où les cours avaient plongé pour reconstituer leurs stocks.
2. En face, l’activité des sites de production était fortement perturbée par la pandémie et la mise de place des mesures sanitaires, créant des tensions sur les approvisionnements.
3. Il faut enfin ajouter une dose de spéculation, les investisseurs misant sur une rapide convalescence de l’économie mondiale après la pandémie.


Or, la demande mondiale risque d’être durablement lestée par les effets de longue traîne de la crise de la Covid-19 en Europe ou pour une partie des pays émergents, notamment d’Amérique du Sud. En outre, l’offre va progressivement se remettre en ordre de marche évitant les risques de pénuries et de surchauffe des prix.


Pétrole : l’offre va repartir


C’est à la lumière de l’évolution de l’offre qu’il faut aussi analyser les cours du pétrole, passés d’à peine plus de 17 dollars le baril courant avril 2020 à près de 70 moins d’un an plus tard. Cela représente une multiplication par 4, ramenant les prix à leurs niveaux d’avant la crise. Loin néanmoins, très loin des derniers sommets, sans parler des anciens records. Une remontée acquise aux forceps, c’est-à-dire aux prix d’une coupe claire de l’offre (-6,6% en 2020) soumise à des quotas de production pour coller au décrochage de la demande et éviter aux cours de s’enliser durablement trop bas. Mais cela se paie au prix cher. Les ressources pétrolières indispensables aux bons équilibres des comptes extérieurs et publics se sont asséchées, avec à la clé le gonflement des déficits publics dans des pays comme l’Algérie en passant par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou le Koweït, la liste n’étant pas exhaustive. Une rente pétrolière indispensable pour financer les programmes sociaux au risque sinon de voir des États déstabilisés. Déjà, au sein du cartel, plusieurs voix se lèvent pour un assouplissement rapide des quotas de production. En d’autres termes, l’offre va repartir et contenir les cours.


Bref, que ce soit pour les denrées agricoles, les métaux ou le pétrole, le scénario d’un nouveau super-cycle des matières premières n’est pas d’actualité.


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