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L'impact de la grande purge européenne sur le système productif

Publié le lundi 10 décembre 2018 . 4 min. 49

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Après avoir frôlé la déflation, peut-on dire que l’Europe retire aujourd’hui les fruits des politiques d’offre qu’elle a menée avec plus ou moins de brutalité selon les pays ? Sur le papier, on attendrait un redressement de la productivité, de la compétitivité, de l’investissement, avec en son cœur, un sursaut de l’industrie, dont les effets d’entrainement se diffuseraient au reste du tissu productif, autrement dit, un redémarrage de la croissance potentielle. A un peu plus de 17%, la part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière, dans le total de la richesse créée, a restauré ses niveaux d’avant crise et du début des années 2000. La dynamique est bonne également si bien que le niveau de la valeur ajoutée manufacturière en volume a dépassé depuis bien longtemps son pic du 4ème trimestre 2007 pour se situer à un niveau record.


Les excédents commerciaux sont là aussi depuis 5 ans alors que l’Union européenne a été continuellement déficitaire de 2000 à 2012. Mais le résultat est-il imputable à l’attrition des demandes intérieures ou au fait que les appareils productifs des pays de l’Union européenne répondent de mieux en mieux à la demande extérieure qui leur ait adressée ?


Si l’on se réfère à l’indicateur de performance à l’export de l’OCDE calculé sur les principales économies de l’UE, la seconde hypothèse n’est pas manifeste. Au mieux, observe-t-on un mouvement hésitant de stabilisation des parts de marché qui paraît faire déjà long feu.


Un rattrapage très lent


La thérapie de choc n’a visiblement à ce jour produit ni l’assise ni l’élan suffisant du côté du socle productif. Un premier élément de réponse est donné par l’évolution même de la valeur ajoutée manufacturière : elle progresse et a dépassé son pic de 2007, mais elle reste encore considérablement inférieure au niveau qui aurait dû être le sien s’il n’y avait pas eu la crise et que la tendance observée entre 2000 et 2007 s’était maintenue jusqu’à aujourd’hui. Cela n’est pas un problème en soi si la nouvelle pente de croissance est assez forte pour que les deux courbes se croisent rapidement, cela serait le signe du renforcement en cours du système productif. L’écart est bien là, 2,5% de hausse en moyenne par an entre 2000 et 2007 contre 3,3% entre 2013 et aujourd’hui. Mais à ce rythme, compte tenu du retard pris, les deux courbes ne se couperont qu’en 2040. Surtout les dernières observations montrent un essoufflement très net en fin de période et une croissance tombée à plat : pas plus de 1% prévue pour cette année. Si ce n’est pas un simple accroc, alors l’effet rattrapage est visiblement déjà en train de retomber alors même que l’on est très loin du compte. En élargissant l’analyse cette fois à l’ensemble des branches d’activité (hors administration publique, défense, éducation, santé et action sociale) pour avoir une vue panoramique du système productif, le doute se renforce : entre 2000 et 2007, la croissance annuelle moyenne a été de 2,3% contre 2,7% depuis 2013, en d’autres termes, le rattrapage est très lent.


Allemagne et Espagne ressortent renforcées


Mais l’Union Européenne, n’est qu’une moyenne qui peut être trompeuse. L’analyse par pays permet d’être plus précis. Il ressort très vite que le système productif de deux économies majeures ressort renforcé des dernières évolutions : celui de l’Allemagne, ce n’est pas une surprise, mais également de l’Espagne. Réduction du coût du travail, reconstitution de la compétitivité, redressement des profits et finalement de l’investissement, le tissu productif espagnol se consolide. L’essai sera transformé avec le redressement avéré de la croissance potentielle. Le Portugal est peu ou prou dans la même séquence.


À l’opposé, la France et à un degré moindre l’Italie perdent pied. Aucun rattrapage n’est en cours, pire encore, le rythme de progression aujourd’hui est moins soutenu qu’au cours de la période 2000-2007. La compétitivité-coût par rapport à l’Espagne et au Portugal se dégrade, aucune part de marché à l’export n’a été reconquise. Et contrairement à l’Allemagne qui accroit ses capacités de production, la France comme l’Italie continuent de décrocher. Certes, l’Espagne remonte la pente depuis 2013. Mais quelle est la pérennité du mouvement ? A ce stade, on observe ni synergie vertueuse en Europe, ni preuve avérée que le Sud soit reparti sur des bases solides et durables.


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