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La Chine va-t-elle s'en tirer seule ?

Publié le jeudi 29 octobre 2020 . 4 min. 41

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La crise serait derrière la Chine et devant encore la quasi-totalité du reste du monde. Un cavalier seul qui s’est matérialisé dans les chiffres du PIB au 3ème trimestre. En hausse de 2,7% après déjà près de 12% les trois mois précédents, le PIB surplombe désormais de plus de 3% son niveau de la fin 2019. Une reprise en forme de « V » comme Victoire pour la Chine qui ferait de l’Empire du Milieu la seule grande économie en croissance en 2020.


Au-delà des doutes persistants sur la sincérité des chiffres chinois, le découplage entre la Chine et l’économie mondiale semble acté. Plus autocentrée, la croissance chinoise se suffirait désormais à elle-même. Il n’y a pourtant eu aucune frénésie d’achats à la sortie du confinement. Certes, que ce soit en valeurs ou en volume, les ventes du commerce de détails ont rebondi mais elles restent en dessous de leurs niveaux d’avant crise malgré les mesures prises comme la distribution de bons d’achat afin d’encourager les ménages à dépenser plus et à relancer la consommation. 


C’est d’ailleurs une faiblesse récurrente de l’économie chinoise, le rôle de la consommation privée comme moteur de la croissance manque de puissance. La demande des ménages, c’est 38,6% du PIB en valeur. Une part en hausse avec la volonté affichée de mieux équilibrer la croissance mais la transition est très lente et bute depuis des années sur la barre des 40%. C’est très loin des standards occidentaux. La part de la consommation privée dans le PIB dépasse 66% en zone euro et se hisse quasiment à 74% aux Etats-Unis.


Mauvaise répartition des gains de la croissance avec à la clé, la montée des inégalités et une captation des richesses par une partie réduite de la population au détriment du développement d’une véritable classe moyenne, épargne hypertrophiée, à près de 37% du revenu en moyenne depuis 2005, rendue indispensable par le coût élevé des dépenses de retraites, de santé, d’éducation et de logement, sont à l’origine du manque d’élan de la consommation et des difficultés à conquérir le marché intérieur, notamment dans les régions les moins avancées. 


A ces freins structurels, viennent s’ajouter les effets de la crise de la Covid 19 sur la confiance des ménages. A moins de 50, l’indice correspondant à l’évolution des revenus est en dessous de sa moyenne de long terme et l’inquiétude ne se dissipera pas à court terme, les anticipations restant toujours dégradées. Il faut certainement y voir les stigmates de la crise sur le marché du travail. Le taux de chômage officiel et certes redescendu depuis mars mais à 5,6% en août il reste supérieur à son niveau d’avant crise.


Surtout ce taux officiel retrace mal le choc subi par la population. Tout d’abord, il ne recense que le marché du travail urbain et ne comptabilise pas les travailleurs migrants qui sont retournés dans leurs zones rurales à la perte de leur emploi. C’est ensuite un taux moyen qui masque de profondes disparités, notamment la montée du taux chômage chez les 20-24 ans qui aurait officiellement atteint 20% en août dernier. 


La croissance est au-rendez-vous en Chine, c’est certain mais ce sont d’abord les vieilles recettes qui ont été mises à l’œuvre. D’abord un vaste plan d’investissement pour des projets d’infrastructures majeurs d’un montant stratosphérique de 50 000 milliards de yuans, soit 6 400 milliards d’euros (l’équivalent de 50% du PIB environ), réparti sur plusieurs années. Ensuite, ce sont les exportations, pilier traditionnel de la croissance chinoise qui ont bondi. Après un premier sursaut au 2ème trimestre, les exportations de biens ont de nouveau progressé de près de 9% en dollars courants les 3 mois suivants pour atteindre près de 680 milliards d’euros, c’est historique.


Au-delà des exportations de biens médicaux, cette performance s’explique en partie par le calendrier de la pandémie. La Chine a été le premier pays touché par le coronavirus le premier à avoir mis en place des mesures de confinement d’une partie de sa population mais le premier sorti aussi ce qui a permis à son secteur manufacturier de reprendre ses activités avant les autres et d’être prêt au moment où les économies occidentales ont rebondi. Les excédents s’accumulent et la contribution du commerce extérieur à la croissance a été fondamentale aux 2ème et 3ème trimestres. 


Grâce à sa gestion « radicale » de la pandémie, Pékin a pu relancer son économie, plus tôt, plus vite, plus fort. Une croissance qui a certainement gagné en autonomie ces dernières années mais qui reste accrochée à la bonne santé du reste monde qui stagne encore dans sa lutte sanitaire. Que les grandes économies tombent en récession, la Chine suivra, le découplage économique reste encore une chimère.


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