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La croissance de la Chine flanche : explication

Publié le mardi 29 juin 2021 . 4 min. 24

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La Chine à zéro, ce n’est pas possible ! C’est pourtant l’exacte traduction trimestrielle de la prévision de croissance annuelle de 6% ciblée par le président Xi Jinping pour cette année. Ce n’est pas un tour de passe-passe, mais de la simple arithmétique : après avoir chuté au premier trimestre 2020, le PIB chinois a spectaculairement remonté la pente les trois mois suivants. Et le reste de l’année a été mené tambour battant, permettant à l’économie chinoise d’aborder 2021 avec un solide acquis de croissance, de l’ordre de 6%, c’est-à-dire la croissance moyenne qu’elle obtiendrait si trimestre après trimestre le compteur affichait zéro.


Quand on parle de moyenne annuelle, le passé influence le futur et peut donner une image faussée de la dynamique conjoncturelle. Les autorités n’auraient-elles pas pour autant péché par excès de pessimisme ou de prudence ? Le résultat du 1er trimestre 2021 dévoile un PIB en hausse, mais avec seulement +0,6%, la décélération est nette par rapport aux trimestres précédents. Le ralentissement était attendu avec l’épuisement de l’effet rattrapage après la chute entraînée par la crise de la covid-19 début 2020. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est de tomber en dessous des standards affichés durant les 5 années précédant l’apparition du coronavirus avec un PIB en progression 1,6% en moyenne par trimestre, soit quasiment un rapport de 1 à 3.


L’effet d’aubaine s’épuise


Le bulldozer de la croissance mondiale connaît donc des ratés et sa reprise coince sur ce qui a fait la grande force de la Chine en 2020 : le moteur extérieur. Les exportations se sont en effet envolées à partir d’avril 2020 pour atteindre un pic mensuel à plus de 280 milliards de dollars à la fin du 1er trimestre dernier, soit un bond de 35% par rapport à la moyenne de 2019. Depuis, la tendance s’est inversée et la descente devrait se poursuivre même si une partie de ce mouvement s’explique par l’impact temporaire des conséquences économiques de la généralisation des reconfinements en Europe sur la demande adressée à la Chine.


Dans le détail, le succès extérieur chinois s’est articulé autour de 3 secteurs. Le poste 63 de la nomenclature douanière chinoise « Autres articles confectionnés », dont font partie les masques, est en hausse de 171% pour un surplus de produits vendus de près de 48 milliards de dollars ce qui en fait le 1er contributeur de la hausse des exports. Les produits pharmaceutiques ont aussi généré 4 milliards de recettes supplémentaires. Mais là ne s’arrête pas les retombées de la pandémie sur les exportations chinoises. Il faut y ajouter tout le matériel nécessaire au télétravail, mais aussi à l’équipement du foyer en audiovisuel dont la demande mondiale a flambé avec les confinements. La ligne 85 qui intègre une partie de ces équipements explose aussi le compteur : 40 milliards d’exports de plus sur un an. Mais cet effet d’aubaine va irrémédiablement s’épuiser.


Deux entraves à la bonne marche des affaires


À cela s’ajoutent deux nouvelles entraves à la bonne marche des affaires. Celle du taux de change. Le yuan s’est en effet apprécié de 10,5% face au dollar en moins d’un an et touche un pic depuis plus de trois ans. Cela permet peut-être d’absorber en partie la hausse du coût des matières premières, mais cela rend surtout le « made in China » moins compétitif. D’autant plus que les prix à la production flambent. À 9%, ils ont rarement augmenté aussi rapidement, excepté en 2008, en plein super cycle des matières premières. Aux États-Unis, en Allemagne ou au Japon par exemple, les prix augmentent aussi, mais moins entre 5 et 7%.


Quant au rebond attendu de la consommation occidentale sur lequel pourraient prendre appui les fournisseurs chinois, il sera plus alimenté par les nouvelles possibilités de consommer des services consécutives à la levée des restrictions sanitaires que sur les biens. La fenêtre extérieure se referme alors même que les consommateurs chinois ont été mis sur le bas-côté de la reprise ce dont témoignent les ventes d’automobiles. Après avoir chuté, elles sont revenues à des niveaux comparables à ceux d’avant crise, mais plafonnent depuis sans réel effet de rattrapage. Les ventes dans le commerce de détail et l’activité dans la restauration, après s’être redressées, évoluent désormais au ralenti et n’ont pas encore raccroché leur tendance de long terme.


Ce même sentiment d’une économie au ralenti plutôt qu’en avance rapide est donné par un baromètre important de l’activité, la production d’électricité qui plafonne depuis décembre dernier après avoir nettement progressé une fois passé le choc de la covid-19. Mais c’est aussi un taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie en recul au 1er trimestre.
Ajoutons à tout cela la réaffirmation de la ligne dure américaine d’endiguement commercial, et l’on comprend la prudence des autorités chinoises. Une Chine sans allant : c’est le président Xi Jinping qui le dit, les chiffres lui donnent raison pour le moment.


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